Des pistes pour la maintenance des infrastructures publiques

LES ECHOS - LE CERCLE/POINT DE VUE :  "Pour éviter, en France, un drame comme celui de Gênes, il faut mener une politique de rupture ...

 

...au sujet de la maintenance des infrastructures publiques.

 

Avec la catastrophe de Gênes, la France redécouvre que ses infrastructures souffrent d'un manque grave de maintenance.  Un récent rapport du ministère des Transports indique que 7 % des ouvrages d'art nécessitent des travaux lourds urgents. Le manque de maintenance des lignes SNCF et RATP est connu de tous, le taux de disponibilité de nos hélicoptères militaires ou de nos centrales nucléaires est insuffisant, certains de nos hôpitaux sont en mauvais état.

 

La succession d'accident n'est pas une coïncidence. De nombreuses infrastructures arrivent au bout d'un cycle de vie. Alors, comment en est-on arrivé là, en France au moins ? Rejeter la faute sur la préférence supposée des politiques pour les nouveaux projets n'est pas suffisant. Il existe en réalité de nombreuses causes.

 

Défiance entre les acteurs

 

L'une d'entre elle est la défiance entre le ministère des Finances et les ministères techniques : la maintenance est un sujet technique et seul les experts « savent ». Mais lorsque les « budgétaires » ne croient plus les experts et pensent qu'ils cherchent à se créer des marges de manoeuvre, il devient difficile de faire des choix judicieux.

 

Une autre forme de défiance existe entre les politiques et les administrations. Les décideurs politiques suspectent leurs services de demandes dictées par des logiques d'intérêt du travail et d'utilisation des équipes. Et non pas pour répondre aux besoins des citoyens. Il y a aussi de la défiance entre le privé et public qui ne permet pas d'utiliser au mieux les ressources du privé et des dispositifs type partenariats public-privé (PPP). Le recours au privé ne pourra se faire qu'avec plus de confiance et de transparence sur les coûts et la rentabilité des opérations, ainsi qu'avec des contrats qui permettent de mieux partager les risques.

 

Aussi, trop souvent, les méthodes financières de sélection des investissements favorisent les projets nouveaux et délaissent la maintenance. Ces méthodes savent très bien comparer des nouveaux projets entre eux, mais y parviennent moins quand il s'agit de mettre en balance des projets de maintenance lourde avec des projets nouveaux. Aux nombreuses causes qui expliquent la succession des accidents, s'ajoute, enfin, une pression budgétaire globale. Elle conduit souvent à sacrifier la maintenance pour allouer les ressources à la masse salariale et aux dépenses courantes inévitables.

 

Intégrer le numérique

 

Il est possible de « retourner la table » et de mener une politique en rupture. Pour cela, il faudrait dans un premier temps réaffirmer la priorité absolue à la maintenance lourde en repoussant les nouveaux projets non indispensables.

 

Il est, par ailleurs, nécessaire d'intégrer la transformation numérique dans la réflexion. Le digital offre deux opportunités majeures. D'une part, celle de travailler sur des plans en 3D en collaboration avec tous les acteurs (building information modeling), ce qui peut générer jusqu'à 25 % d'économies globales pour un bâtiment sur sa durée de vie. D'autre part, avec la maintenance prédictive permise par le Big Data et l'intelligence artificielle.

 

"Il faut dédiaboliser les partenariats public-privé"

 

En parallèle, revoir nos processus d'investissement est indispensable. Le secteur public vit avec une séparation des budgets d'investissements et de fonctionnement, là où le secteur privé a une approche « cash » plus vertueuse pour effectuer les arbitrages maintenance/investissement. Profitons-en pour dédiaboliser les partenariats public-privé et muscler la capacité de l'Etat à signer des contrats pour des petites ou grosses opérations.

 

En matière de maintenance, il est grand temps de mettre en place une politique en rupture. Le gouvernement s'y atèle dans le secteur des transports, mais il est important d'aller plus loin pour éviter des catastrophes bien sûr, mais aussi pour optimiser la dépense publique.

 

Agnès Audier et  Romain de Laubier, directeurs associés au BCG

 

Nos propositions

proposition Think Tank DIFF 12-10 .pdf
Document Adobe Acrobat 1.1 MB

Présidentielles:       "ADRESSE AUX CANDIDATS" Version 2

adresse aux candidats 23 12 16 2.pdf
Document Adobe Acrobat 1.1 MB

Actualité

ven.

10

août

2018

Révélations

Lire la suite