Cohésion des territoires : des évolutions positives

Le géographe Jean Spiri, par ailleurs élu,  juge positivement le bilan de Macron, mais plaide pour davantage de...

…décentralisation et d'expérimentations dans les territoires. Nous reprenoons ici la tribune du Point.fr

 

 

« C'est la question piège. S'il s'agit de juger le bilan d'un an de Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, et surtout du très dynamique secrétaire d'État Julien Denormandie, la réponse est plutôt positive. En un an, la création de la Banque des territoires, la multiplication des maisons de service public, le « New Deal Mobile », les actions pour la requalification des cœurs de ville constituent des avancées notables. La loi ELAN a beau susciter certaines polémiques, elle représente une avancée attendue par le secteur de la construction qui permettra peut-être enfin de construire plus et mieux dans les zones en tension, de mieux gérer l'offre de logement social, etc.

 

Mais il ne s'agit pas du ministère de l'Aménagement du territoire et du Logement. Depuis 2012, ce ministère porte très clairement un objectif politique dans son intitulé : l'égalité des territoires tout d'abord, la cohésion des territoires depuis 2017. C'est donc à l'aune de la réduction de la fracture territoriale qu'il faudrait dresser un bilan, sur la vision, la méthode et le ressenti de l'action.

 

Renouer avec les élus locaux

 

Du point de vue de la vision, difficile de dégager une orientation claire dans les différents domaines de l'action du ministère. Rien n'est venu remplacer le plan Borloo mort-né en termes de politique de la ville. Les mesures pour les villes moyennes et leurs centres-ville, intéressantes, n'ont pas donné lieu à un discours clair sur l'aménagement du territoire – sans compter que la polémique soulevée par Stéphane Bern sur la loi ELAN est venue brouiller le message. Les territoires ruraux font certes l'objet d'une attention soutenue, mais, là encore, la vision n'apparaît pas ; pourtant, dans le cadre de l'évolution possible des aides européennes, il devient urgent de s'interroger sur notre ambition pour les territoires ruraux. Dessiner ces visions est d'autant plus important que le président de la République est souvent caricaturé en « président des (grandes) villes ».

 

Du point de vue de la méthode, une action efficace sur les territoires ne peut se concevoir sans les collectivités territoriales. Or la confiance est durablement entamée entre les collectivités et l'État, un phénomène qui ne cesse de s'aggraver d'année en année. Le mouvement a commencé avec les régions – et la démission de Philippe Richert –, il se poursuit avec les départements, inquiets du poids des dépenses sociales, il se manifeste encore avec les démissions de plus en plus fréquentes de maires. La diminution des dotations ne peut tenir lieu de seule politique – surtout pour des collectivités échaudées par des années de contractualisation non respectée. « Nous ne sommes pas et ne voulons pas être dans une logique de recentralisation », avait assuré le Premier ministre Édouard Philippe lors du Congrès des maires. Là encore, renouer le fil de la discussion avec les élus locaux sera nécessaire pour corriger cette image d'un président jacobin, qui ferait peu de cas des élus locaux.

 

Du point de vue du ressenti, enfin, la cohésion territoriale ne semble guère progresser pour une partie de nos concitoyens. Que l'on utilise l'expression « France périphérique », qu'on les considère comme des « people of somewhere », selon la distinction de David Goodhart, ce sont eux qui se sentent les plus éloignés de l'action publique. Ceux qui ont vu les emplois de proximité disparaître, la mobilité se réduire, les services publics fermer. Ceux pour qui l'avenir de la SNCF ne va pas dans le sens du rapport Spinetta et de la suppression des petites lignes. Ceux qui peinent à trouver un espoir, parce que les solutions politiques s'arrêtent à quelques kilomètres de chez eux. Ceux qui ont l'impression qu'on les « emmerde » sans rien leur apporter, comme avec le 80 kilomètres/heure – une bonne mesure, mais qui n'a pas été assez expliquée sous l'angle territorial. Là encore, c'est une caricature d'Emmanuel Macron en président de « la France qui va bien » qu'il s'agirait de démentir.

 

Des politiques régionalisées et autonomes

 

Face à ce constat, que faire ? Il est évident que ce ne sont pas seulement des actions ciblées dans le cadre actuel qui permettront de relever le défi de la cohésion des territoires. Ce n'est pas une vision ultra-jacobine qui le permettra. Qui s'engage pour la cohésion territoriale ces dernières années ? Les collectivités, et particulièrement les régions. Xavier Bertrand fait le pari de la proximité pour l'emploi et la mobilité, Valérie Pécresse va mettre en œuvre une partie du Plan Borloo, les exemples sont nombreux. Mais il faut leur permettre d'aller plus loin…comme le suggérait le président de la République lui-même ! Dans son discours au Congrès des maires de France, il indiquait qu'il fallait aller au bout de la logique de l'article 72 et autoriser des dérogations permanentes lorsque les expérimentations sont réussies. Nous devons changer de paradigme, rompre avec notre vision figée de l'égalité jacobine, qui ne correspond pas aux réalités vécues par nos concitoyens. Nos voisins européens l'ont bien compris, qui permettent pour la plupart une véritable autonomie des politiques publiques régionalisées, avec un État qui joue le rôle d'évaluateur, de juge, et, le cas échéant, de correcteur. Plus de subsidiarité, pour plus d'efficacité, de démocratie, de cohésion.

 

Alors, oui, il faut engager une nouvelle étape de la décentralisation, sans refaire l'erreur de la loi NOTRE et confondre les échelons et les politiques qui y sont menées. La question n'est pas celle des cartes : ce n'est pas parce que nous avons moins de régions que notre conception de la décentralisation a évolué. Elle demeurera inaboutie tant que l'État ne permettra pas aux collectivités de mener de véritables actions différenciées sur les territoires tout en jouant pleinement un rôle d'évaluateur. Si nous voulons vraiment réduire les inégalités et susciter de nouvelles dynamiques locales, il faut bel et bien enclencher cette nouvelle étape.

 

Jacques Mézard et Julien Denormandie seront sans aucun doute de bons ministres de l'Aménagement du territoire. Mais il leur sera difficile de réussir en termes de cohésion des territoires sans repenser complètement le cadre de notre action territoriale. Et c'est aussi un enjeu majeur pour le président de la République que de devenir le président de tous les territoires. »

 

 

 

* Jean Spiri est géographe, membre de La Manufacture et conseiller régional d'Île-de-France (ex-LR).

 

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