Réinventer l’équité territoriale

L’équité territoriale - comme l’équité sociale qui en est souvent le miroir - ne semble plus être une priorité. En tous cas...

…les politiques et outils pour rechercher cette équité ne sont pas en place. On peut considérer aujourd’hui qu’il n’y a plus de politique d’aménagement du territoire national qui permette de corriger les ruptures territoriales et les égoïsmes locaux. Et par ailleurs les phénomènes d’exclusion des personnes et les inégalités de revenus sont en forte hausse.

 

Les égoïsmes territoriaux ne sont plus régulés par des politiques nationales

 

La mode est aux métropoles. Il faut rappeler le constat que notre Think tank rappelle dans « L’Adresse aux Candidats à l’Election Présidentielle » : le PIB par habitant est en moyenne 50 % plus élevé dans les métropoles que dans le reste du pays. Sept nouvelles villes – qui n’ont pas la taille d’une métropole - vont rejoindre le club des métropoles françaises, qui comptera 22 membres. Nombre d’observateurs éclairés considèrent que ce phénomène ne fait qu'accentuer la rupture avec la France de la périphérie urbaine, des quartiers enclavés, des villes moyennes, des bourgs, des zones rurales. Et les illustrations du phénomène - en particulier en ce qui concerne les mobilités et donc l'accessibilité à l'emploi et aux services - sont nombreuses: Saint Étienne vis à vis de Lyon, Limoges vis à vis de Poitiers, la périphérie parisienne vis à vis de Paris.

 

L’exclusion territoriale et sociale

 

L’exclusion territoriale signifie moindre attractivité pour les entreprises et l’emploi, mobilité entravée, accessibilité aux réseaux de très haut débit limitée, accessibilité aux services publics aux loisirs et à la culture amoindrie. L’exclusion, au-delà des faits, est aussi un ressenti et il en découle des comportements individuelles et collectifs que l’on aimerait corriger, y compris une orientation vers les extrêmes dans les croyances, les postures, et les votes pour les extrêmes lors des élections.

 

Un récent article de Matthieu Quiret, dans Les Echos, évoque ces questions. Nous le reprenons ici.

 

 

« Les métropoles et les autres, la nouvelle fracture française »

 

« Adulé par les élus et les habitants, le statut de métropole braque de plus en plus les habitants des territoires ruraux, moins riches et moins puissants. Une fracture qui alimente le vote extrême, au point d'inquiéter certains maires de grandes villes.

 

Les petits Parisiens l'ignorent moins que les grands, sorties scolaires obligent, mais la capitale compte une ferme. On est loin de la Beauce ou même du Berry : l'exploitation couvre 5 hectares, dans le bois de Vincennes, en bordure immédiate de la capitale. C'est là, dans cette propriété de la Ville, comme pour mieux souligner la frontière floue entre ville et campagne, qu'Anne Hidalgo est venue il y a quelques jours annoncer un plan pour l'agriculture durable. Une façon pour la maire d'appeler à « créer de nouvelles réciprocités entre ville et campagne », à « tisser des liens » avec le monde rural.

 

Les petits signes en direction des campagnes se multiplient depuis quelques mois chez tous les patrons de métropole. Le 16 novembre dernier, l'association France urbaine, qui représente les plus grandes villes de France, réunissait son bureau. Une gravité inhabituelle se lisait sur les visages de ces maires, pourtant revigorés par les récentes élections municipales et plusieurs réformes territoriales dopant à chaque texte un peu plus leur pouvoir. Le séisme de l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis venait de se produire, comme la conclusion d'un affrontement sourd de deux mondes se tournant le dos depuis trop longtemps. Celui des grandes villes américaines des côtes, bodybuildées par la mondialisation et la prospérité de ses élites. Et celui des grands espaces ruraux, mouchetés de bourgs ou de pôles urbains déconnectés des réseaux gagnants. Le Brexit avait, un peu plus tôt dans l'année, soufflé le même relent.

 

En France, pays aux 35.500 communes, les rats des villes et ceux des champs n'ont jamais cessé leurs querelles. Mais la poussée mondiale des métropoles depuis quinze ans et la désindustrialisation en trente ans du nord-est de la France ont accentué les fractures. France Stratégie rappelait en juillet dernier que le PIB par habitant est en moyenne 50 % plus élevé dans les métropoles que dans le reste du pays. Et les quinze plus grandes aires urbaines auraient concentré 75 % de la croissance entre 2000 et 2010. Même si, depuis dix ans, l'efficacité de la redistribution sociale a stabilisé la divergence des revenus des ménages.

 

Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse et président de France urbaine, a été l'un des premiers à réagir, l'an dernier. « Nous avons poussé trop loin notre discours offensif sur les métropoles pendant les débats de la réforme territoriale, nous avons aussi la responsabilité du devenir des territoires ruraux qui nous entourent », reconnaît l'élu.

 

Les grands maires sont d'autant plus sous pression qu'ils doivent composer avec des présidents de région devenus plus puissants, positionnés en promoteurs de vastes territoires et stigmatisant parfois l'égoïsme des villes riches - Valérie Pécresse ne cesse, par exemple, de dénoncer l'embastillement de Paris.

 

Le petit club sélect des métropoles est aussi déstabilisé par un risque de banalisation. Depuis un an, les élus des grandes agglomérations ont profité du projet de loi sur le statut de Paris pour décrocher auprès du gouvernement un assouplissement des critères. Résultat, si le texte est bien voté mi-février, sept villes de plus vont rejoindre le club, qui perdra en prestige avec vingt-deux membres.

 

Adulé par les élus et les habitants, le statut de métropole braque ceux qui sont tenus en dehors. Qu'on le veuille ou non, vraie ou excessive, la thèse du géographe Christophe Guilluy a fini par infuser dans les esprits, jusqu'aux urbains aisés qui se refilent ses ouvrages sous le manteau. Dans son dernier livre, « Le Crépuscule de la France d'en haut », paru l'an dernier, il enfonce le clou : pour lui, les habitants des centres des métropoles, devenus culturellement plus proches des autres bobos mondiaux que de leurs voisins nationaux, repoussent toujours plus loin les classes moyennes vers les périphéries.

 

La campagne présidentielle ranime toutes ces lignes de fracture selon un axe de plus en plus clair, celui du vote extrême. Le démographe Hervé Le Bras a montré que, entre 2002 et 2012, l'extrême droite a reculé dans les grandes agglomérations et les régions dynamiques, progressant à la périphérie de leurs centres. D'après l'étude du Cevipof sur le premier tour des élections régionales de 2015, la percée inédite du FN a atteint 32 % dans les communes de moins de 10.000 habitants, contre 26 % dans les grandes villes.

 

Début janvier, les deux associations de maires de petites villes (APVF) et de villes moyennes (Villes de France) agitaient la même menace. « Nous représentons 30 % du corps électoral », prévient Caroline Cayeux (maire LR de Beauvais). Le maire PS d'Annonay, Olivier Dussopt, pourtant rapporteur de la réforme territoriale, appelle à une maîtrise de la métropolisation : « Je me réjouis de savoir que, entre 2008 et 2014, le PIB de l'Ile-de-France a progressé de 9 %. Moins d'apprendre que celui de la Picardie ou de la Lorraine chutaient de 9 %, celui de la Franche-Comté de 10 %. »

 

La mandature Hollande qui s'achève a bien tenté quelques rustines, comme les contrats de ruralité, le déploiement de maisons de services ou la refonte de la politique de la ville, tout en réduisant le nombre de bureaux de poste. Reste à voir, pendant la campagne présidentielle, qui parviendra à disputer à Marine Le Pen la séduction des habitants des marges métropolitaines. Emmanuel Macron s'est lui, a contrario, entouré d'un des promoteurs les plus convaincants de la métropolisation, le patron de Lyon, Gérard Collomb. »

 

 

Nos propositions

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Présidentielles:       "ADRESSE AUX CANDIDATS" Version 2

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