Le programme « énergie et environnement » de François Fillon

"Le candidat de la droite républicaine considère que ces thématiques ont, au cours de la dernière décennie, été confisquées par une écologie sectaire adepte d’une approche malthusienne de la croissance zéro" ...

…C’est ainsi que commence l’analyse de Philippe Charlez Expert Energéticien. Il nous a adressé l’analyse du programme énergie et environnement » de François FILLON.

 

Il avait, au préalable, présenté son point de vue lors de l’Atelier Du Think Tank du 23 décembre et avait pu échanger avec les participants. Il s’attache ici à explorer principalement les aspects énergie du document cité qui comporte des développements plus larges.

 

Voici le texte de Philippe CHARLEZ:

 

Le programme

 

Le programme de François Fillon en matière d’énergie et d’environnement représente un ensemble très cohérent. Il est possible de le récupérer en ligne sur:

https://www.fillon2017.fr/wp-content/uploads/2016/10/ENVIRONNEMENT-ET-TRANSITION-ENERGETIQUE.pdf

 

Le candidat de la droite républicaine considère que ces thématiques ont, au cours de la dernière décennie, été confisquées par une écologie sectaire adepte d’une « approche malthusienne de la croissance zéro ». Pourtant l’environnement et le développement économique ne sont, selon lui, pas contradictoires. Pour preuve « l’écologie a davantage progressé sous les gouvernements de droite que sous ceux de gauche ». Ainsi est-il partisan de remplacer le « principe de précaution » inscrit depuis 1995 dans la constitution par un « principe de responsabilité ».

 

Le candidat à l’élection présidentielle n’est pas un climato sceptique. Il adhère au consensus scientifique sur les causes du réchauffement climatique et défend l’engagement pris par la COP 21 de limiter le réchauffement de la planète à 2°C.

 

Enfin, François Fillon, considère que l'Europe est l'espace naturel dans lequel la sécurité énergétique et la protection de l'environnement doivent s’inscrire. Uniformisation des normes, interconnexion des réseaux de gaz et d'électricité, mutualisation de la R&D sur les renouvelables, le stockage de l'énergie et le stockage du carbone sont autant de thèmes mobilisateurs permettant de relancer une Europe en panne autour de projets structurants.

Sans surprise, le candidat ambitionne de réduire les émissions de gaz à effet de serre grâce à une réduction de la consommation d’énergie fossile. D’une manière générale il supporte à la fois le déplacement des énergies fossiles vers des énergies non carbonées (nucléaire et renouvelables) et la réduction de la consommation d’énergie grâce à une meilleure efficacité énergétiques dans la production d'électricité, le chauffage des bâtiments, le transport et l'industrie.

 

Parallèlement, il souhaite assurer le prix de l'énergie le plus bas possible à la fois pour les particuliers et les entreprises tout en garantissant la sécurité énergétique de l’hexagone et la sûreté des installations nucléaires. Pour ce faire il propose trois grands axes :

 

Pérenniser le nucléaire

 

Le nucléaire restera pour la France la filière énergétique d’excellence. Il représente 77% de sa production électrique, lui confère une quasi indépendance électrique et lui permet d’être parmi les plus faibles émetteurs mondiaux de GES. Le nucléaire est un support des renouvelables. Il n’y a aucune raison de les opposer. Le candidat des républicains considère par ailleurs que l’objectif de faire passer la part du nucléaire dans le mix électrique à 50% d'ici à 2025 (loi sur la transition énergétique) est « un choix dogmatique, intenable et contraire à l'intérêt général. Il demanderait la croissance massive des énergies renouvelables à coups de subventions et par conséquence un renchérissement très important du prix de l'électricité ». Il souhaite donc maintenir la production d'électricité nucléaire en prolongeant de 20 ans (de 40 à 60 ans) la vie des 60 réacteurs existant pour un coût de l’ordre de 55G€ (soit près de 1G€ par réacteur). Le candidat souhaite donc sans ambiguïté consolider la filière nucléaire française (220 000 emplois directs) aujourd’hui fragilisée en remettant notamment à plat la stratégie industrielle d'EDF et d'AREVA

 

Les renouvelables

 

Le candidat Fillon considère que l'éolien et le solaire font l'objet de trop d'aides. Elles représentent 5G€ par an (23G€ en Allemagne !) et représenteront 73G€ sur la période 2014-2025. Selon lui, c’est la technologie associée à l'augmentation des volumes qui rendront ces énergies rentables et non un développement massif subsidié qui pèse très lourd sur la collectivité pour une efficacité contestable. François Fillon souhaite donc passer d'une politique de la demande à une politique de l'offre considérant qu’une fois rentables les énergies renouvelables attireront les investissements et leur part se développera naturellement sous l'effet de la dynamique du marché.

 

L’émergence économique des énergies renouvelables demande donc d’encourager massivement la R&D en mutualisant les efforts des grandes filières universitaires et des instituts de recherche. Mais parallèlement il veut supprimer la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité) et les tarifs d’achat garantis à échéance des contrats existant qui financent la mise en œuvre des renouvelables.

 

Le marché du carbone

 

L'Europe a créé en 2006 un marché du carbone qui fonctionne mal. Pour rendre ce système efficace, il faudrait que la tonne de CO soit supérieure à 30€. Aussi, François Fillon veut-il engager des discussions avec nos partenaires européens, pour améliorer le mécanisme existant et assurer ce prix plancher. Il souhaite à plus long terme négocier avec les Etats-Unis, la Chine et les autres pays, pour obtenir le respect de ce prix plancher sur le plan mondial. Grâce à ses 77 % d'électricité nucléaire et ses 9% d’hydroélectrique, la France est l’une des économies les plus décarbonées du monde. Une telle mesure renforcera donc mécaniquement la position concurrentielle de l’économie française par rapport à ses concurrents. Bien au-delà d’un argument écologique, François Fillon fait donc du prix du carbone un facteur de compétitivité.

 

Critique du programme

 

Prix du carbone

 

Le marché européen du carbone dysfonctionne. Au prix actuel de 10€/t, les énergies fossiles ne sont pratiquement pas pénalisées. Le triplement à 30€/t rendrait le gaz très compétitif par rapport au charbon mais ne serait pas suffisant pour booster les renouvelables. En se basant sur les sur prix pratiqués au kWh dans les pays européens les plus avancés en termes de renouvelables, on peut considérer que pour atteindre 30% de renouvelables non subventionnés (objectifs de la loi de transition énergétique votée en 2014) il faudrait que le prix de la tonne de CO atteigne 100€. La France utilisant moins de 10% de charbon et de gaz dans son mix électrique, le prix du CO n’aura que peu d’effet sur le déplacement vers les renouvelables. Par contre elle donnera effectivement à la France un net avantage compétitif par rapport à ses partenaires européens dont les mix électriques sont beaucoup plus carbonés (l’Allemagne a une génération électrique 50% charbonnière). Le facteur de compétitivité l’emporte donc largement sur l’argument écologique.

 

Une vision tout nucléaire politiquement très risquée

 

Gaulliste social historique, François Fillon est un supporter inconditionnel du nucléaire qui a effectivement de multiples avantages. C’est une filière d’excellence à la fois sur le plan national mais aussi à l’international. Aussi souhaite-il prolonger la durée de vie des centra    les actuelles tout en assurant leur sûreté.

 

Mais le nucléaire présente aussi trois externalités négatives majeures non réellement intégrées au prix du kWh : (1) il produit des déchets qu’il faut traiter puis stocker (2) il induit des risques majeurs pour les populations en cas de défaillance (3) une fois abandonnées les centrales doivent être démantelées.

 

Enfin et surtout, après Fukushima, le nucléaire représente pour l’opinion publique une menace. Un accident, même de faible ou moyenne importance, pourrait rapidement conduire à une crise politique majeure imposant aux autorités de fermer (comme ce fût le cas au Japon) nombre de centrales avec des conséquences catastrophiques en termes d’augmentation du coût de l'électricité, d’accroissement de la dette (achats massifs de gaz et/ou de pétrole), de réduction de la compétitivité de l’outil économique et de la reprise massive des émissions de GES qui de surcroit seraient taxées sur le marché du carbone. L’opinion publique ne pardonnerait pas à un président d’avoir « enfoncé le clou nucléaire » au mépris des risques encourus. L’option du « tout nucléaire » ou d’une sortie très lente conditionnée par l’émergence de renouvelables rentables représente donc une stratégie politique à haut risqué.

 

Ramener la part du nucléaire à 50% en 2025 n’est pas réaliste

 

Sur base des données 2015, ramener la part du nucléaire à 50% en 2025 à l’aide de solaire ou d’éolien demanderait d’investir sur les 10 prochaines années 75G€ pour mettre en œuvre entre 75GW et 100GW c'est-à-dire l’équivalent de 30000 à 40000 éoliennes pour un parc qui n’en contient aujourd’hui que 5000. Au coût de 75G€ il faudra ajouter 36G€ (soit 110 G€ au total) pour mettre aux normes le nucléaire restant. On doublerait donc la facture par rapport à la prolongation du nucléaire seul. Quand on sait qu’au cours des 15 dernières années seulement 10 GW d’éolien et 7.5 GW de solaire ont été mis en œuvre, introduire 100 nouveaux GW dans les 10 prochaines années paraît irréaliste non seulement sur le plan financier mais aussi sur le plan opérationnel (problème d’occupation du sol, fabrication des éoliennes, gestion des intermittences).

 

Investir massivement dans la R&D au lieu de subventionner les renouvelables à perte

 

L’option pertinente proposée est de supprimer la CSPE et d’investir massivement dans la R&D pour rendre les renouvelables compétitifs Ils s’imposeraient alors naturellement par le marché et non plus via la subvention. Le nucléaire français valide en théorie cette option puisque le retard pris sur la mise en œuvre de renouvelables ne bénéficiant plus de la CSPE ne pénalisera en aucun cas les émissions de CO (le déplacement nucléaire vers renouvelable se fait à émissions nulles). Par contre a suppression de la CSPE fragilisera considérablement la filière renouvelable qui vit aujourd’hui principalement de subventions. La CSPE serait toutefois compensée au moins en partie par des crédits d’impôts.

 

Alternative proposée

 

Aux solutions 1 (réduction lente du nucléaire en attendant que les renouvelables soient compétitifs dans un marché d’offre) et 2 (réduction autoritaire du nucléaire au profit des renouvelables par la subvention dans un marché de demande) existe une troisième option. Elle consiste à utiliser le gaz (qui lui est parfaitement rentable dans un marché d’offre) pour temporairement supporter la décroissance du nucléaire le temps que les renouvelables deviennent rentables. Les inconvénients de cette alternative sont :

  • Une augmentation temporaire mais mesurée des émissions de GES françaises (le gaz émet deux fois moins de GES que le charbon, et surtout le rendement du cycle peut atteindre 60% dans le cas de cycles combiné)
  • Une augmentation de la facture gazière
  • Une augmentation mesurée du prix de l’électricité si une taxe carbone de 30€/t est mise en place.

Il démontrerait par contre une volonté politique de réduire rapidement la part du nucléaire (et donc de réduire le risque qui y est associée) sans pour autant nuire à la compétitivité et augmenter la facture énergétique des ménages. Le prix à payer est d’accepter une augmentation temporaire des GES dans un pays qui se veut le champion du monde de l’électricité décarbonnée.

 

Nos propositions

proposition Think Tank DIFF 12-10 .pdf
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Présidentielles:       "ADRESSE AUX CANDIDATS" Version 2

adresse aux candidats 23 12 16 2.pdf
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