Pour une véritable politique publique de l’énergie

Soutenir les filières énergétiques dans leur configuration actuelle ou subventionner à l'aveugle l'éolien ou le solaire (alors même qu'on subventionne le diesel !) ne fait plus guère de sens.

Notre think tank, considérant l’énergie - dans sa production, son transport, son utilisation - comme l’une des éléments majeurs de INFRASTRUCTURE du pays, traite régulièrement de ce sujet.

 

 

 

Nicolas Bouzou, directeur d'Asterè a récemment publié un article relatif aux mutations du secteur industriel de l’énergie, que nous reprenons ici- Premier Article.

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Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique. Elle a publié dans L’Opinion, un article relatif à la politique européenne  que nous reprenons ici - Second Article.

 

 

 

Premier article:

Comment encourager la grande mutation du secteur de l'énergie

 

Le monde de l'énergie est confronté à une vague d'innovations sans précédent, qui contribuent pour la plupart à réduire les émissions de CO 2. Dans ce contexte, soutenir les filières énergétiques dans leur configuration actuelle ou subventionner à l'aveugle l'éolien ou le solaire ne se justifie plus.

 

Le secteur de l'énergie, comme l'économie tout entière, est secoué par une vague de destruction créatrice inédite depuis la révolution industrielle de la fin du XIXe siècle, qui a vu le charbon se substituer au bois. La mutation en cours est encore plus complexe pour le secteur car ce n'est pas une énergie qui se substitue à une autre, mais une effervescence d'innovations qui reconfigure les chaînes de valeur (difficile dans un secteur de grandes entreprises verticales) et rend caduques les politiques industrielles anciennes (difficile pour un pays colbertiste).

 

 

L'actualité déborde d'annonces qui montrent que Schumpeter prend d'assaut l'organisation séculaire réputée insubmersible de notre production d'énergies primaires et secondaires. Par exemple, Elon Musk a peut-être donné le coup d'envoi d'une reconfiguration de l'énergie, de l'automobile et du bâtiment en fusionnant Tesla et SolarCity après avoir ouvert Gigafactory, l'usine géante de batteries. L'idée est de créer un groupe intégré (à rebours de la théorie économique industrielle, Musk pratique l'intégration verticale) qui produise des panneaux solaires, des batteries, des voitures et, pourquoi pas demain, des bâtiments.

 

Nul ne sait si cela fonctionnera, mais la volonté de définir un « business model » cohérent intégrant écologie et énergie doit être prise au sérieux. Plus audacieux : la start-up américaine Moon Express a obtenu cet été l'autorisation d'aller poser une capsule sur la Lune en 2017. L'objectif de ce type d'entreprise (le secteur spatial est en plein boom aux Etats-Unis) est de ramener sur terre des métaux et des pierres avec, en ligne de mire, l'hélium 3, ce gaz incroyablement dense en énergie. Autre élément, mieux connu, qui rappelle que le secteur de l'énergie mute : l'EIA (Energy Information Administration) prévoit que, entre 2010 et 2040, la production américaine de gaz de schiste aura doublé, notamment grâce à des forages de plus en plus propres. Dans le monde aujourd'hui, le gaz est l'énergie qui a le vent en poupe. Tant qu'il y aura de l'innovation, on trouvera de l'énergie.

 

Ce n'est pas un hasard si l'énergie est submergée par une vague d'innovations. En effet, en économie, nécessité fait loi. Or la demande d'énergie augmente. Elle va progresser d'environ 25 % d'ici à 2040, tirée par l'augmentation du PIB par habitant, la population et l'urbanisation. A cette date, 65 % de la population vivra en ville, contre un peu plus de 50 % aujourd'hui. Or la concentration humaine génère un besoin de mobilité accru parce que les villes s'étendent et parce qu'on voyage de plus en plus de métropole en métropole. Les êtres humains se nourrissent d'énergie, c'est ainsi, et les thuriféraires de la décroissance commettent rien de moins qu'un contresens anthropologique.

 

D'une certaine façon, cela ne pose aucun souci puisque le monde regorge de ressources énergétiques. Reste à aller les chercher : c'est le karma des entreprises innovantes.

 

Dans le même temps, le rapport « State of the Climate » nous confirme que 2015 avait battu tous les mauvais records de température au sol, température de surface des océans, niveau des mers. Notre objectif collectif est donc bien de réduire drastiquement les émissions de CO2. L'éolien et le solaire sont sans doute une partie de la solution, mais il y en a bien d'autres. Ainsi, aux Etats-Unis, l'EIA a calculé que la substitution du gaz de schiste au pétrole et au charbon contribuait davantage à la réduction des émissions de CO2 liées à la production d'électricité que les énergies renouvelables.

 

Soutenir les filières énergétiques dans leur configuration actuelle ou subventionner à l'aveugle l'éolien ou le solaire (alors même qu'on subventionne le diesel !) ne fait plus guère de sens. Ces politiques de gribouille contribuent à ruiner les finances publiques. Il n'existe plus qu'une seule bonne politique de l'énergie : celle qui consiste à laisser faire l'innovation en fonction d'incitations économiques fortes. Le plus grand service que la COP22 pourrait rendre au monde serait de trouver un accord qui permette de fixer le prix du carbone à un niveau élevé. C'est conceptuellement simple, politiquement compliqué, mais autrement plus efficient que nos vieilles politiques de subventions.

 

 

Nicolas Bouzou

 


Second article:

Pour une stratégie énergétique européenne

 

 

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique. Elle a publié dans L’Opinion, un article que nous reprenons ici.

 

 

Le gaz est une ressource répandue, facile à exploiter, mais dont le transport est complexe. La question du réseau de gazoduc est de ce fait stratégique entre les régions d’exploitation gazière et les pays acheteurs, particulièrement entre la Russie, qui dispose de 20 % des réserves mondiales, et l’Union européenne, premier client de Moscou.

 

 

 

Le rapprochement entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, à la faveur du coup d’Etat manqué du 15 juillet puis du sommet entre les deux présidents à Saint-Pétersbourg le 9 août, s’est traduit par une convergence de vues sur les dossiers énergétiques. Le projet de gazoduc Turkish Stream, qui remplace l’ancien projet South Stream rejeté par l’Union européenne, s’est trouvé relancé. L’objectif est d’acheminer du gaz russe vers l’Union européenne en contournant l’Ukraine via la mer Noire. Ce projet prévoit un approvisionnement du marché européen à hauteur de 32 milliards de mètres cubes par an, s’ajoutant aux 150 milliards de mètres cubes desservant déjà l’UE. La Russie vise à ne plus être dépendante de l’Ukraine pour son transit gazier, ce qui a déjà motivé la construction du gazoduc North Stream, dans la mer Baltique, dont le consortium est présidé par l’ancien chancelier allemand, Gerhard Schröder.

 

 

 

Gazoduc russo-turc. Ce projet de gazoduc russo-turc présente un intérêt pour les deux nouveaux alliés. D’une part, il permet aux Russes de continuer à maîtriser l’approvisionnement gazier européen, notamment en Europe du Sud. Dans cette région, la concurrence s’annonce la plus difficile avec les exportations gazières algériennes et la découverte du champ gazier off-shore israélien Leviathan en Méditerranée. Gazprom est déjà dominant dans la quasi-totalité des pays d’Europe centrale et orientale où la part de marché du gaz russe oscille entre 50 à 100 %.

 

D’autre part, Ankara se positionne comme le nouvel Etat de transit gazier entre la Russie et l’UE, trouvant un habile moyen de peser, tant à l’égard de Moscou que de Bruxelles. En réalité, la stratégie turque est plus globale car elle concerne aussi le transit des ressources énergétiques entre la mer Caspienne et l’Europe. Le projet de gazoduc transanatolien TANAP, élaboré avec l’Azerbaïdjan, doit en être le vecteur entre la Caspienne et la Méditerranée.

 

 

 

Cependant, Poutine doit obtenir l’accord de l’UE pour construire le gazoduc Turkish Stream, sans lequel les compagnies européennes refuseraient de financer le transit en Europe. Or, les Américains sont en embuscade : la production des hydrocarbures non conventionnels leur permet d’être désormais une puissance énergétique exportatrice

 

 

 

La question stratégique est désormais posée à l’UE : veut-elle peser à l’égard de la Russie, et dans quelle mesure a-t-elle une politique énergétique et une stratégie gazière ? Bruxelles déploie des efforts majeurs sur la question de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais la gestion des stocks, la diversification de l’approvisionnement et la gouvernance des gazoducs sont des sujets tout aussi centraux. La dimension de la sécurité de l’approvisionnement doit aussi être posée, tant les relations avec nos partenaires russe et turc sont complexes. Il est avant tout nécessaire de s’imposer et de dialoguer avec Moscou pour faire valoir nos intérêts européens, comme Nicolas Sarkozy sut le faire, en 2008, lors du règlement de la crise géorgienne.

 

 

 

Laurence Daziano

 

 

Nos propositions

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