Dette française : + 2045 % bombe à retardement boursière ?

Nous reprenons ici la publication de Nizar Fassi et Aymen Fassi, économistes bancaires sur rachatducredit.com.

 

"97,5 % du PIB est la mesure de la dette publique française à la date du 12 août 2016 comptabilisée par l’Insee et l’Agence France Trésor (AFT).

 

En sonnant et trébuchant, cela fait la coquette somme de 2.145  milliards d’euros que le contribuable, par l’intermédiaire de l’État, devra rembourser à des créanciers – c’est-à-dire aux détenteurs de la dette.

 

Chaque habitant Français devra rembourser, en moyenne, 34.150 euros pour éponger la dette publique.

 

Par foyer fiscal, cette facture représente la bagatelle de 68.300 euros. Rien qu’entre le dernier trimestre de 2015 et le premier trimestre 2016, la dette publique a augmenté de près de 40,7 milliards d’euros selon les données publiées par l’Insee.

 

Les facteurs principaux d’augmentation de la dette se concentrent autour des dépenses sociales (Sécurité sociale) et des dépenses publiques (nombre de fonctionnaires et budget de fonctionnement de l’État).

 

Il est évident que les générations actuelles et futures paient et paieront au prix fort le train de vie confortable des générations passées.

 

La dette française dépasse des records depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1981, la dette publique dépassa pour la première fois la barre symbolique des 100 milliards d’euros, soit une augmentation vertigineuse de 2045 % sur la période 1981-2016.

 

 

Les contradictions des économistes alimentent les polémiques

 

La pensée économique dominante reste celle qui considère que la dette est une lourde charge sans effet réel sur la croissance économique sur le long terme, voire représente un danger et une illusion de richesse.

 

Certains économistes pensent – au contraire – que la dette publique est un atout pour la France comme le suggère M. Bruno Tinel, maître de conférences en économie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne dans son livre « Sortir du catastrophisme » paru le 28 avril 2016.

 

Dans son ouvrage, il met en lumière la merveille des dépenses publiques pour l’amélioration des conditions économiques (dépenses en infrastructures urbaines etc.) en focalisant sur l’économie de la demande, plutôt que sur l’économie de l’offre.

 

Le directeur de recherche émérite, Robert Joumard, de l’Institut français des sciences et technologies (Ifsttar) à Grenoble, membre du Collectif pour un audit de la dette publique, a publié en 2014 le livre « Une dette publique construite, voire illégitime ? » dans lequel il considère que la dette publique est principalement déliée des dépenses des administrations publiques.

 

    « L’analyse des recettes et des dépenses des administrations publiques montre que la dette n’est en rien due à des dépenses trop élevées, inconsidérées, mais essentiellement à la chute des recettes de l’État, de près de cinq points de PIB en 35 ans. » écrit le directeur de recherche.

 

Cette école de pensée économique ne convainc pas – et même pas du tout – les investisseurs et les marchés qui restent circonspects et très concrets en observant l’envolée des montants des dettes publiques sur les graphes, une croissance qui ne décolle pas, des déficits publics abyssaux, des dépenses sociales et publiques en hausse constante et en se disant qu’il faudra bien rembourser les excès de dépenses, un jour ou l’autre.

 

Pourtant, aucune autorité publique n’a osé réellement réduire le train de vie de l’État, par peur de la fronde des principaux bénéficiaires des dépenses publiques et aussi par la peur du résultat social d’une telle stratégie à court terme malgré tous les discours alarmistes sur la dette publique.

 

Le 13 juillet 2016, le think tank France Stratégie, organisme rattaché à la primature à Matignon, a alerté prestement les pouvoirs publics et les investisseurs quant à la nécessité de réduire fortement la voilure des dépenses et de la dette publique française via une note alarmiste.

 

Le macroéconomiste au Trésor, Arthur Sode, l’auteur du papier, propose d’arrimer la stratégie économique de la France à un pilotage contra-cyclique en cas de ralentissement de l’économie – autrement dit de contrer les effets de la baisse économique par l’utilisation de la dépense publique…

 

Sur ce même papier, il presse les pouvoirs publics à prendre la mesure de l’importance à reprendre le contrôle de la trajectoire budgétaire et de la dette. Depuis 40 ans, le sujet de la dette française est récurrent et polémique : la financiarisation de l’économie a engendré un rapport plus étroit, plus intense et un va-et-vient puissant entre les marchés financiers et les politiques budgétaires nationales.

 

Difficile de passer à côté des débats intenses – parfois violents, politisés et contradictoires – sur cet indicateur macroéconomique qui nous concerne tous. Les acrobaties argumentaires et idéologiques  s’effacent souvent face à la réalité macroéconomique et microéconomique : les faits et les chiffres finissent par l’emporter.

 

Une dette doit se rembourser, d’une manière ou d’une autre

 

La proximité des échéances électorales en France, en Allemagne, en Italie et aux États-Unis d’Amérique, en novembre 2016 pour les USA et courant 2017 pour ces 3 pays européens, vont relancer les discussions sur l’endettement et le surendettement public animant, un peu plus, à la hausse ou à la baisse, les courbes boursières de nos indices préférés.

 

Les investisseurs avertis – qui suivent les informations pour éviter de se prendre une tuile boursière – n’ont pas pu passer à côté des arguments des uns et des autres sur l’explosion annoncée de la bulle des dettes publiques françaises mais aussi américaines, italiennes grecques – la dette grecque a laissé des traces mémorables et indélébiles sur les cours boursiers.

 

Les exemples grecques et argentins – attaqués violemment sur les taux des titres obligataires cotés respectivement sur les périodes 2010-2015 et  1998-2015 – ont enseigné et confirmé qu’un État était désormais plus négligeable face à un marché financier internationalisé incluant lui-même tous les États, fortement intégré et fonctionnant en temps réel.

 

Lorsque les taux d’intérêt des obligations d’État s’envolent, rien ne peut arrêter le marché et l’anxiété des agents économiques selon l’apprentissage tiré des expériences grecques et argentines – encore fraîches dans nos mémoires.

 

On se souvient de la panique médiatisée des investisseurs lorsque circulaient des rumeurs et des éventualités d’une contagion généralisée sur les autres classes d’actifs et les autres zones géographiques.

 

Il est utile de rappeler que la dette publique correspond à la série totale des engagements financiers d’un État envers des créanciers. Elle est principalement contractée sous la forme d’emprunts d’État auprès d’investisseurs, dont la grande majorité sont des institutionnels achetant des titres de dettes – les célèbres obligations d’État ou titres obligataires – cotés sur les marchés financiers, en échange libre.

 

L’Agence France Trésor a publié le 30 juin 2016 un rapport complet qui souligne que 61,3 %  des porteurs de la dette publique française sont des non-résidents, 18,4 % des compagnies d’assurance, 9,2 %  des banques, 1,6 % des Organismes de placements collectifs en valeurs mobilières (OPCVM). L’étude estime que 25 % de la dette détenue par les non-résidents sont entre les mains des banques centrales hors BCE (Banque centrale européenne) .

 

La dette publique colossale est donc détenue essentiellement par les marchés.

 

En cas de défaut de paiement de la dette publique par l’État – le débiteur -, l’effet de contagion sera immédiat et catastrophique sur le marché puisque les créanciers, formant une bonne partie du marché, seraient ruinés.

 

Une réaction en chaîne de krach boursier s’activerait alors dans un scénario cauchemardesque pour les investisseurs. Pour l’instant, les investisseurs ne croient que ce qu’ils voient : les prédictions et les prévisions des économistes alarmistes – qui ne sont pas nouvelles – restent cantonnées dans la cadre des théories et des simulations abstraites.

 

Le risque systémique existe bel et bien au regard de la diversité des détenteurs de la dette publique française, des trajectoires budgétaires prises et de la vitesse de circulation des capitaux.

 

Vítor Constâncio, économiste portugais, Vice-président de la Banque centrale européenne, avait publié une note fournie en avril 2012 – en plein marasme de la dette grecque et en pleine panique au sein du siège social de la BCE – intitulée  Contagion et crise de la dette européenne. Il fait une revue complète des phénomènes de contagion de 2007 jusqu’à 2012, mettant en relief et analysant la crise des subprimes – à partir de la faillite de Lehman Brothers -, les problèmes des dettes publiques en zone euro et leur impact sur les marchés financiers et l’économie réelle.

 

La complexité des structures économiques et financières et la multiplicité des agents économiques aux intérêts parfois divergents, rendent imprévisibles, à court terme et avec précision, l’émergence d’une crise de la dette en France comme ailleurs. La solution optimale pour se prémunir des effets potentiels d’une recrudescence de risques élevés réside dans la diversification de son portefeuille.

 

Une réduction de la voilure et de l’exposition à telle ou telle classe d’actif, à telle ou telle zone géographique, semble raisonnable lorsque des faisceaux d’indices concrets et persistants se cumulent sur une longue période puis se cristallisent autour d’un problème financier ou économique identifié à moins de jouer la carte de la spéculation destinée alors aux investisseurs les plus solides."

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