Inondations : Une facture de 2 Milliards qui oblige à la décision

"Le bilan va être très lourd » et le coût des inondations pourrait s’élever à 2 milliards d’euros"...

…selon l’estimation de Pascal Demurger, directeur général de la MAIF. Interrogé par France Info, il a indiqué que "par rapport aux inondations dans le sud-est en octobre 2015, nous estimons que le coût sera vraisemblablement de l'ordre de trois fois le coût de ces inondations [qui avaient coûté 600 millions d'euros], rien que pour les particuliers".

 

Alors que les inondations d'octobre 2015 n'avaient concerné qu'une trentaine de communes, elles sont cette fois "extrêmement étendues". Par ailleurs, la décrue s'annonce lente or, "c'est précisément cette stagnation qui cause les dégâts les plus importants", a expliqué le directeur de la Maif, également président du GEMA, qui réunit les grands assureurs mutualistes.

 

Il n'est pas trop tôt pour faire un point

 

En effet, au moment où les pics de crues sont dépassés sur Paris, il faut bien considérer que l'on est loin des conséquences de l'épisode de 1910 dont la probabilité est extrêmement forte. De tels épisodes constituent des catastrophes humaines et économiques qu'il faut s’attacher à maitriser, et mieux, à éviter.

 

C'est le propos de notre publication sur ces questions. Il faut en finir avec les fausses croyances et les dénis; et restaurer sur ces dossiers une capacité collective et politique à faire un diagnostic - fait depuis 20 ans - et à décider, pour préserver l'avenir.

 

Sommes-nous préparés à une crue centennale en Ile-de-France ?

 

Assez faiblement, mais il y a toujours une marge entre la théorie et la pratique. Les autorités ont préparé plusieurs scénarios dans l'hypothèse, certaine, d'une crue centennale. La préfecture d'Ile-de-France a procédé début mars à un exercice grandeur nature, Sequana, pour simuler une telle inondation.

 

Certaines stations de métro peuvent être isolées pour ralentir l'envahissement du réseau, que l’on « déclare » impossible ! pourtant l’épisode de ces derniers jours, encore loin de correspondre à d’une crue centennale, a conduit à entrevoir la fermeture d’une trentaine de gare de métro et à interrompre le RER C.

 

C’est l’OCDE qui a rendu les calculs publics

 

Selon l’OCDE, en 2014, 850.000 habitants seraient inondés, 5 millions de personnes seraient touchés directement ou indirectement, le PIB français serait réduit de 1 à 3 % sur cinq ans.

 

Quelles conséquences pour l'activité économique ?

 

Il est bien sur trop tôt pour établir un bilan. Certains territoires vont être très fortement impactés. Pour les seuls aspects agricoles, dans le Loiret et en région Centre-Val de Loire, les récoltes 2016 s'annoncent mal, que ce soit pour les grandes cultures ou pour le maraichage.

 

Selon les organisations agricoles, les régions les plus touchées sont le Gâtinais, les environs d'Orléans, mais aussi des zones du Cher et du Loir-et-Cher. Dans certaines parcelles, le blé et l'orge ont de l'eau à hauteur des épis ou se retrouvent couchés dans la boue, alors qu'ils étaient encore en pleine période de floraison et de pollinisation. Avec la pluie, les moisissures se développent et vont empêcher la formation des épis. Pour les cultures de printemps comme le maïs, le tournesol ou la betterave, les jeunes plants ont pu être arrachés par le ravinement, ou pourrissent sous l'eau. Résultat, il faudra sans doute replanter, même si l'on est tard en saison, avec un coût supplémentaire élevé.

 

Quel risque de crue centennale à Paris ?

 

La situation en matière de prévention contre les inondations et crues en 2016 est nettement différente de celle de 1910. C’est d’ailleurs à la suite de celle-ci « qu’a été mise en œuvre la construction des quatre grands lacs de Seine », explique Claudine Jost, directrice de l’hydrologie à l’Établissement public territorial du bassin Seine Grands Lacs.

 

Des dispositifs « satisfaisants » pour des crues de petite ampleur

 

« Ces réservoirs permettent d’agir sur les crues moyennes et aussi d’assurer l’étiage de la Seine durant l’été, complète Magali Reghezza. En cas de crue, ils permettent de “gagner” 70 cm de hauteur d’eau, ce qui peut sembler peu par rapport au 8,60 m de hauteur d’eau maximale enregistrée en 1910. Mais en fait, c’est suffisant pour mettre hors d’eau tous les réseaux critiques de la ville de Paris, c’est-à-dire les circuits d’eau, l’électricité et les transports en commun, » poursuit la géographe. Cela permet, avec des crues de 6 m qui ne sont pas si rares que cela, de retarder ou d’éviter une submersion qui aurait alors des conséquences économiques et sociales catastrophiques.

 

Faut-il de nouveaux aménagements ?

 

Depuis plusieurs dizaines d’années, les grands lacs de la Seine jouent correctement leur rôle de tampon et d’écrêtage des crues de petite ampleur. Ces crues de petite ou moyenne ampleur que l’on semble accepter ont toutefois des couts économiques considérables. Il faudrait rapprocher ces couts des investissements relatifs à des protections complémentaires et analyser ainsi la rentabilité de ceux-ci.

 

Il n’y aurait pas, c’est la croyance installée depuis des années portée par la mouvance écologique, a priori besoin de construire de nouveaux grands barrages ou réservoirs à la fois pour des raisons techniques, sociales et écologiques.

 

Les arguments pour ne pas faire ne manquent pas

 

Du point de vue technique, l’argument avancé pour refuser de se lancer dans la construction de grands travaux hydrauliques est que celle-ci est coûteuse et risque de ne pas être adéquate en cas de changement climatique prononcé… De même, lit-on régulièrement : l’acceptation sociale et les perturbations écologiques à l’heure où l’on doit préserver les zones humides risque de poser problème.

 

Les nombreuses rivières qui se jettent dans la Seine (Loing, Essonne, Yerres, Grand Morin, Orge, Yvette, Rémarde) devraient-elles faire l’objet de barrages ou de « champs d’expansion » ? « Là encore, ce serait à la fois difficile techniquement compte tenu de l’urbanisation en bord de cours d’eau (il ne reste que 8 % du territoire francilien en zones inondables), écologiquement et socialement discutable » lit-on. La « meilleure solution » resterait donc la mise en place de “stratégie locale de gestion des risques d’inondation”, une directive européenne aujourd’hui en cours d’application », conclut la spécialiste.

 

Inondations : les barrages protégeant Paris pleins à 90 %

 

Faut-il craindre de voir de nouveau Paris couler sous l'eau comme en janvier 1910 ? la réponse est oui pour la majorité des spécialistes. Certains en concluent qu’il faut s’organiser pour gérer ces manifestations naturelles dues à l’urbanisation et au climat, d’autres en concluent qu’il faut entreprendre des investissements nouveaux propres à limiter les couts économiques et humains considérables en cas de crue centennale.

 

Les pouvoirs publics font tout pour nous rassurer en brandissant l'existence des quatre barrages-réservoirs établis entre-temps en amont de la région parisienne. Gérés par l'établissement Seine Grands Lacs, ils peuvent contenir 630 millions de mètres cubes d'eau. Malgré un volume apparemment fabuleux, ils ne sont capables, à eux quatre, que d'écrêter les plus fortes crues de 70 centimètres.

 

Le niveau de remplissage des réservoirs est également inquiétant. Si, en janvier, ils étaient quasiment à leur plus bas niveau, au début du mois de juin, ces barrages sont saturés et ont dus libérer des volumes d’eau alimentant les crues. C'est qu'on leur demande de jouer un double rôle : écrêteur de crue l'hiver, mais soutien d'étiage l'été. Une crue survenant fin mai-début juin tombe donc très, très mal. Les réservoirs ont perdu une très grande capacité de stockage.

 

Depuis une vingtaine d'années, il existe un projet d'un cinquième lac-réservoir

 

Le dogmatisme et les nombreuses hésitations et revirements des pouvoirs publics depuis vingt ans expliquent le statut quo.

 

Marc Vincent, directeur général des services techniques de Seine Grands Lacs a répondu à une interview du Point. Il cherche à se montrer rassurant.

 

« Nous nous apprêtons, enfin, à lancer la phase d'étude pour un premier casier-pilote représentant un stockage de 10 Mm3 sur la centaine au total. Celle-ci prendra trois ans. Donc, en 2019, les travaux devraient démarrer. Quand ce premier casier sera en service, il devrait permettre un effet notable d'abaissement de la ligne d'eau en cas de crue majeure avec un gain d'environ 5 centimètres à Paris. Le principe de fonctionnement est de stocker l'eau de la Seine durant les crues de l'Yonne. L'avantage sur les autres barrages, c'est que celui de La Bassée n'est pas prévu pour le soutien d'étiage, donc on n'aura pas à le remplir totalement pour l'été.

 

La Seine est actuellement à son plus haut niveau dans la capitale depuis 1982. Si on est encore loin des hauteurs de 1910. Emma Haziza, spécialiste du risque inondation, a récemment et au cours de l’épisode actuel, donné son point de vue.

 

Travaux entrepris et mesures prises depuis 1910

 

Depuis cette crue historique, des travaux ont été menés, des mesures ont été prises. "La réflexion a commencé au XXe siècle. Avec la crue de 1910 on s’est dit qu’il fallait construire des barrages réservoirs, situés à l’amont de la Seine. C’est une réflexion qui a continué pendant une vingtaine d’années. On a eu le premier barrage réservoir, puis la Seconde Guerre mondiale a freiné un peu le développement de ces infrastructures", explique Emma Haziza.

 

Un vrai déni entre 1930 et 1980

 

Selon elle, "il y a eu un vrai déni entre 1930 et 1980". "Tout simplement, parce que sur le plan statistique, il y a eu moins de crues d’ampleur majeure", jusqu'à celle de 1982. Désormais, nous disposons de quatre barrages réservoirs. "Ils vont permettre d’absorber 810 millions de mètres cubes d’eau", souligne cette spécialiste du risque inondation. Pas assez, toutefois, pour faire contenir une crue comme celle de 1910, où "on avait six milliards de mètres cubes excédentaires".

 

"On n’est pas sur les mêmes niveaux. Bien qu’on puisse réguler, on appelle ça écrêter, le pic de crue, ce volume qu’on souhaite conserver reste quand même mineur en comparaison à ces eaux diluviennes qui sont en train de s’écouler sur le bassin parisien", note-t-elle.

 

Peut-on espérer une nouvelle prise de conscience du risque de catastrophe économique et humaine ?

 

L’exercice récemment réalisé par l’Etat a rassuré les esprits. L’actuel épisode va-t-il réveiller les acteurs et les inciter à regarder les volumes d’eau en question et la rentabilité des investissements attendus au regard des couts ? Il faut l’espérer, et notre think tank défend depuis l’origine de ses travaux cette position. "Aujourd’hui", avec la crue de ces derniers jours, "on est en train d’intégrer que le risque est toujours présent", analyse donc Emma Haziza.

 

Les initiatives et inquiétudes des élus devant les transferts de responsabilités opérés au fil des ans vers les collectivités.

 

Le Conseil général du Loiret avait pris – au-delà du fait qu’il réclamait, avec l’EPALA, de nouveaux investissements propres à écrêter les crues de la Loire - les devants en créant avec d’autres partenaires, le CEPRI : Centre Européen de Prévention des Risques d’Inondations. Rappelons qu’avec la crue de la Seine, celle de la Loire constitue l’une des catastrophes humaines et économiques majeures.

 

Au Congrès des maires, un point a été fait le 1er juin sur la prise de compétence de gestion des eaux, des milieux aquatiques et de prévention des inondations (Gemapi), en particulier sur son volet inondations. Même si la mise en œuvre de cette nouvelle attribution a été repoussée à 2018 par la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (Notr), les élus expriment déjà leur besoin d'information et d'accompagnement.

 

Ce n'est pas nouveau : l'attribution au bloc communal de la compétence de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (Gemapi) divise, inquiète, passionne ou a minima interpelle les élus locaux. Et les terribles inondations de ces derniers jours n'ont pu que susciter un regain d'intérêt pour cette question.

 

"L'an dernier l'Association des maires de France (AMF) a demandé un réexamen du dispositif. L'exercice de cette compétence a été repoussé au 1er janvier 2018. Mais c'est dès maintenant qu'il faut se préparer", a pressé André Flajolet, président de la commission Environnement de l'AMF et maire de Saint-Venant (Pas-de-Calais), lors d'un point info sur la Gemapi organisé le 1er juin au Congrès des maires. "Il est important d'anticiper les conséquences des transferts de compétences aux EPCI en matière de Gemapi.

 

La bascule d'une compétence facultative et partagée entre toutes les collectivités à une compétence obligatoire et ciblée sur la commune et l'EPCI représente - selon un élu qui est intervenu dans la salle - un inextricable sac de nœuds faisant le lit des bureaux d'études, suscitant des réponses contradictoires et conduisant à l'inaction. "C'est sûr que la Gemapi n'est pas la panacée universelle. Mais c'est justement un outil dont il faut s'emparer pour ne pas rester inactif. Car plus on attend, plus la facture sera salée ! Alors que les moyens, eux, sont limités", insiste André Flajolet. Soucieux de favoriser l'appropriation par le bloc communal de cette nouvelle compétence, le gouvernement multiplie depuis plusieurs mois les documents à visée pédagogique.

 

Dernier en date, un guide méthodologique élaboré par les services de la direction générale de la prévention des risques (DGPR) à l'attention des préfets sur la gestion des systèmes d'endiguement. Et un an plus tôt, un kit pédagogique pour tenter de rassurer les élus. "Il persiste des zones de flou. Par exemple sur la responsabilité juridique des digues de protection (systèmes d'endiguement). 90% d'entre elles appartiennent à des collectivités. Pour les 10% restants, on ne le sait même pas", estime André Flajolet. "Le problème des digues orphelines n'est pas réglé. Et suscite toujours des questionnements", conclut Marie-France Beaufils, par ailleurs sénatrice-maire de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), une commune directement concernée par des risques de rupture de digue.

 

Le CEPRI alerte

 

« Le tout en prenant le temps d'affiner nos connaissances sur ce qui peut ou va être transféré", ajoute Marie-France Beaufils, vice-présidente de la communauté d'agglomération de Tours Plus et présidente du Centre européen de prévention du risque inondation (Cepri) – Eric Doligé, fondateur, en avait été le premier Président.

 

Le Loiret, anticipant les évolutions récentes, avait été pionnier en matière de prévention et de gestion de crise, en créant le Cepri.

 

Il avait développé également ses propres dispositifs de prévention en lien direct avec les communes et les entreprises et en partenariat avec l’Etat. Il était la première collectivité territoriale à mettre en place des plans de continuité d’activité pour chacune de ses politiques publiques. Le guide méthodologique établi récemment par l’Etat s’est basé directement sur le dispositif du Loiret.

 

Peut-on espérer une nouvelle gouvernance de ces sujets et un sursaut de courage ?

 

Nous en formons le voeu au sein du Think Tank et reviendrons sur ce sujet.

 

 

 

 

Jean Armand et Jeanne Dechartre

 

 

 

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