Concilier climat et croissance

La COP21 n’a pas masqué un malentendu majeur : de nombreuses parties prenantes sont sous l’emprise  d’une vision économique marquée par la décroissance…

… Or les mesures à prendre demanderont de la création de richesses, et celles-ci seront indispensables pour réduire les inégalités.

 

Dans un rapport intitulé "Seizing the global opportunity", la Commission mondiale sur l’économie et le climat - qui compte parmi ses membres l’économiste Nicholas Stern et l’ancien président mexicain Felipe Calderon - formule 10 propositions "garanties bonnes pour le climat et la croissance".

 

Garanties pour le climat et la croissance

 

Selon ses auteurs, elles permettraient d’assurer entre 60 et 95 % du chemin nécessaire à parcourir pour limiter à 2 degrés le réchauffement global de la planète. À une condition : que tous les acteurs économiques, politiques, financiers, mais également les citoyens unissent leurs forces.

 

Le premier rapport de la Commission mondiale sur l’économie et le climat, intitulé "Better Growth, better climate", paru l’an dernier, démontrait la compatibilité entre croissance et lutte contre le changement climatique.

 

Dans leur nouvelle étude, baptisée "Seizing the global opportunity" et destinée aux décideurs politiques, économiques et financiers, les experts se sont penchés sur les domaines prioritaires à traiter pour en assurer la faisabilité. Parmi ces experts, on peut relever la présence de l’économiste Nicholas Stern, celle de l’ancien président du Mexique Felipe Calderon, celle du président d’Unilever Paul Polman ou encore celle de Jean-Pascal Tricoire, le patron de Schneider.

 

Pour ces experts, 2015 est un momentum à ne pas manquer : outre les évènements mondiaux à venir comme le sommet sur le financement du développement à Addis-Abeba la semaine prochaine, ou la Conférence sur le climat de Paris (COP 21) en décembre, les signaux économiques tels que la volatilité des prix du pétrole, la baisse du coût des énergies renouvelables ou la multiplication des appels à fixer un prix du carbone fort, sont autant d’indicateurs montrant que l’heure du découplage entre croissance économique et émissions de gaz à effet de serre a sonné.

 

Mais cela ne se fera pas sans changer nos pratiques. Dans son rapport, la commission formule donc 10 propositions "garanties bonnes pour le climat et la croissance". Si elles étaient appliquées, les auteurs du rapport estiment qu’elles pourraient permettre de remplir entre 60 et 95 % des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre nécessaires d’ici 2030 pour limiter le réchauffement global à 2°C.

 

Ces propositions pourront "permettre de changer l’échelle des changements technologiques, d’étendre les marchés, de réduire les coûts, de répondre aux craintes sur la compétitivité, de diffuser les bonnes pratiques et d’augmenter le flux des investissements", promet le rapport.

 

Mais cela suppose une coopération entre tous les acteurs : États, collectivités locales, entreprises, organisations internationales, société civile, investisseurs, etc. C’est le sens de l’Agenda des solutions, qui est censé compléter un éventuel accord international prévu dans le cadre des négociations climatiques et des différents événements qui ont réunis dernièrement les acteurs non étatiques (les Business & Climate summit et Climate finance day fin mai ou le Sommet mondial Climat et territoires début juillet).

 

Les dix propositions

 

Il est à noter que plusieurs d’entre elles rappellent la nécessité de mobiliser des investissements considérables, de réseaux, d’énergie et de transports, notamment…de faire appel aux investissements privés…de rechercher des économies dans les domaines de la mobilité, du logement, de l’énergie.

 

1. Accélérer le développement bas carbone dans les villes

 

Le rapport invite les villes à rejoindre les nombreux réseaux existants de collectivités sur le climat, pour partager les bonnes pratiques dans le domaine de la mobilité, du logement, de l’énergie ou de la gestion efficace des ressources. Il estime que les banques multilatérales de développement et autres donateurs devraient dégager au moins 1 milliard de dollars pour aider les 500 plus grosses villes mondiales à remplir leurs engagements. Les actions climatiques des villes existantes pourraient générer des économies de près de 17 milliards de dollars d’ici 2050, et des réductions d’émissions de 3,7 Gt équivalent CO2 d’ici 2030, calculent les auteurs.

 

2. Protéger et restaurer la forêt et les terres agricoles

 

La Commission appelle les gouvernements, institutions financières et acteurs économiques à financer une utilisation durable des terres, à restaurer au moins 500 millions d’hectares de terres agricoles et forêts dégradées d’ici 2030, et à mettre fin à la déforestation. Mettre en œuvre et renforcer les initiatives et des partenariats comme ceux de REDD+ (programme onusien de lutte contre la déforestation), l’initiative 20X20 en Amérique latine (20 millions d'hectares dégradés restaurés d’ici 2020) ou des initiatives privées d’approvisionnement responsables en huile de palme par exemple, pourrait permettre de réduire de 3,3 à 9 Gt de CO2 d’ici 2030.

 

3. Investir au moins 1 000 milliards de dollars dans les énergies propres

 

Afin d’abaisser encore le coût des énergies propres et d'orienter les investissements privés vers elles, les banques multilatérales et nationales de développement devraient multiplier leurs collaborations avec les gouvernements et le secteur privé, avec des investissements de l’ordre de 100 milliards de dollars par an dans l’approvisionnement en électricité à faible émission de GES (hors transports) et l’efficacité énergétique, d’ici 2030.

 

4. Harmoniser les standards d’efficacité énergétique

 

Le G20 devrait s’entendre pour élever les standards d’efficacité énergétique (pour les équipements, véhicules, immeubles, industries et éclairage) et les harmoniser au plus haut niveau d’exigence. Au niveau mondial, la hausse des investissements en faveur de l'efficacité énergétique pourrait générer 18 000 milliards de dollars de valeur ajoutée supplémentaire d'ici à 2035, augmentant la croissance de 0,25 à 1,1 % par an. Aligner et accroître les normes nationales en matière d'efficacité énergétique pourrait réduire les émissions annuelles de GES de 4,5 à 6,9 Gt CO2 en 2030.

 

5. Se concerter pour établir un prix du carbone efficace d’ici 2020

 

Aujourd’hui, 12 % des émissions annuelles mondiales de GES sont concernées par des taxes carbone ou des marchés d’émissions existants ou planifiés. Une coopération mondiale (par le biais du G20, de la Banque Mondiale, du FMI ou de l'OCDE) autour de la fixation d’un prix du carbone et de la suppression progressive des subventions aux énergies fossiles - aujourd’hui demandée par de nombreux acteurs politiques, économiques et financiers - permettrait notamment d’éviter les impacts sur la compétitivité qu’entraîneraient des mesures unilatérales en ce sens.

 

6. Favoriser les infrastructures climato-intelligentes

 

Au moins 90 000 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures sont nécessaires d’ici 2030 pour atteindre les objectifs de croissance, principalement dans les pays en développement. Il est indispensable que les investisseurs, gouvernements, banques multilatérales ou entreprises intègrent le coût du risque climatique dans ces derniers.

 

7. Favoriser l’innovation bas carbone

 

Le rapport appelle les pays émergents et développés à travailler ensemble sur la recherche et développement dans les technologies bas carbone (agriculture, bioénergie, accès à l’énergie, capture et stockage du carbone…). L’investissement public dans ces dernières devrait au moins être triplé dans les économies majeures, d’ici à 2025.

 

8. Assurer une croissance à faible émission avec le secteur privé

 

Selon la Commission, il existe d’ores et déjà un marché des produits, services et technologies bas carbone, de l’ordre de 5 500 milliards de dollars. Les entreprises sont nombreuses à mettre en œuvre des politiques de réduction d’émission de CO2 qui leur permettent également d’améliorer leur rentabilité. Elles devraient travailler davantage avec les gouvernements, syndicats et autres parties prenantes pour assurer une "transition équitable" vers une économie bas carbone.

 

 9. S’attaquer aux émissions du transport aérien et maritime

 

Ensemble, les transports maritimes et aériens représentent aujourd’hui 5 % des émissions de CO2 au niveau mondial. Mais d’ici 2050, ils pourraient représenter jusqu’à 10 voire 32 %. De nouvelles mesures, concernant l’efficacité des carburants (pour les transports maritimes) ou la mise en place d’un système de compensation carbone (pour l’aérien) par exemple, mesures actuellement en discussion dans les instances internationales de régulation, pourraient aider à réduire les émissions annuelles de ce type de transports de 0,6 à 0,9 Gt en 2030.

 

10. Réduire l’usage des hydrofluorocarbures (HFC)

 

Les HFC, utilisés comme réfrigérants ou dans la protection contre le feu, sont les gaz à effets de serre à plus forte croissance actuellement : ils augmentent de 10 à 15 % chaque année. Intégrer leur élimination dans le protocole de Montréal, qui traite de la question des gaz affectant la couche d’ozone, permettrait d’éviter entre 1,1 et 1,7 Gt équivalent CO2 d’ici à 2030.

 

Les auteurs du rapport estiment que ces mesures permettraient de renforcer les engagements des États (INDC : Intended Nationally Determined Contributions) pris dans le cadre de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Ceux-ci ne doivent d’ailleurs être que des engagements planchers et non des plafonds, souligne la Commission mondiale sur l’économie et le climat.

 

 

T.L.

Nos propositions

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Présidentielles:       "ADRESSE AUX CANDIDATS" Version 2

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