Quartiers : tout changer !

Le  « marché de dupes, où au fond on parle de participation plus qu'on ne le fait. Dans certains quartiers il n'y a rien, ni centre social,…

… ni services publics, ni amicales de locataires... La désertification est telle qu'il y a un décrochage », indique  le sociologue Michel Kokoreff dans un entretien que publie Boursorama au sujet des banlieues sous le titre "Il faut changer de logiciel". Michel Kokoreff est professeur de sociologie à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, il considère que « les leçons des émeutes de 2005  n'ont pas été pleinement tirées », et répond aux questions de Claire GALLEN.

 

Priorité absolue aux quartiers

 

Notre Think Tank considère que les « quartiers » isolés territorialement comme culturellement ou socialement sont une priorité absolue pour notre pays et sa vie démocratie et républicaine. Ils sont bien entendu prioritaires en termes de réseaux de transports et sont à ce titre intégrés dans notre Plan Massif d’Investissement.

 

Dans notre publication sous le titre « Le plus grand danger : le confinement géographique et social » nous évoquions Georges Bensoussan qui parle de « confinement » et de « relégation géographiques. Le phénomène n’est pas que social et culturel, et en tous cas l’isolement spatial renforce et rend toutes solutions extrêmement difficiles.

 

Confinement et relégation géographique et sociale

 

Dans ce  cadre nous  définissons une priorité d’action pour les quartiers, les zones periurbaines, les territoires périphériques moins bien desservis que les zones urbaines centrales et pour lesquels les projets ont de la peine à émerger et à être portés.

 

Les efforts de développement de la mobilité doivent se concentrer sur ces espaces délaissés et se concrétiser, en particulier,  par les infrastructures de déplacement quotidien, l’accessibilité aux services, la mobilité résidentielle.

 

Voir la publication : http://www.infrastructurefrance.fr/2015/08/21/le-plus-grand-danger-le-confinement-g%C3%A9ographique-et-social/

 

Nous présentions dans cette publication le point de vue de G. Bensoussan, car il enrichit notre approche de la mobilité, facteur de croissance et d’emploi, en rappelant les enjeux des isolements géographiques sur la République, la Nation.

 

Le constat fait en 2002 montrait que l'intégration d'une partie des populations de banlieues, progressivement reléguée dans des cités et frappée par le chômage de masse, était en panne. Aujourd’hui, il est, selon l’auteur,  devenu presque impossible de dénoncer certains périls sans être accusé d'appartenir au camp du mal. « Certains intellectuels de gauche n'entendent pas, disent-ils, pas faire le jeu du FN », mais l’important, pour G. Bensoussn l’important ce sont « les faits ». Il suggère ainsi qu’il faut regarder la réalité et la nommer.

 

Nous reprenons ici l’entretien qu’a donné Michel Kokoreff qui alerte sur ce qu’il appelle le  « marché de dupes, où au fond on parle de participation plus qu'on ne le fait. Dans certains quartiers il n'y a rien, ni centre social, ni services publics, ni amicales de locataires... La désertification est telle qu'il y a un décrochage ».

 

Hélène Howald

 

 

 

 

"IL FAUT CHANGER DE LOGICIEL"

 

Q: Dix ans après, quel bilan tirez-vous de l'action en faveur des quartiers?

 

R: "Le cadre de vie a changé, le bâti aussi mais les habitants sont toujours plus ou moins dans la même situation. Le volet social n'a pas embrayé sur les volets urbains. La mixité sociale reste toujours la doctrine en vigueur mais qui a envie d'habiter à Clichy, ou de mettre ses enfants à l'école du coin? Par ailleurs, les concentrations ethniques n'ont pas diminué. L'insécurité et les trafics polluent la vie quotidienne.

 

Ce que je perçois sur le terrain, c'est que jamais autant qu'aujourd'hui la politique de la Ville n'a été perçue comme un marché de dupes, où au fond on parle de participation plus qu'on ne le fait. Dans certains quartiers il n'y a rien, ni centre social, ni services publics, ni amicales de locataires... La désertification est telle qu'il y a un décrochage.

 

D'autant plus qu'aujourd'hui le langage des élus, des acteurs, ne correspond plus du tout à celui des habitants des cités. Les uns parlent de lutte contre les inégalités ou de participation, les autres de respect, de discriminations, des réactions vis-à-vis de l'islam... Ce discours peine à être entendu par les élites sinon par des messages rassurants du type +tout va très bien, l'intégration continue de fonctionner+."

 

Q: Comment faire pour réduire cette fracture?

 

R: "Du côté des pouvoirs publics, l'action est toujours pensée du haut vers le bas. Prenez les "conseils citoyens": il n'est pas sérieux de vouloir favoriser l'engagement des habitants en les choisissant sur des listes électorales, alors qu'une partie significative de la population n'y est pas présente.

 

Cela aggrave le décrochage, avec un discrédit des institutions, une méfiance à l'égard des politiques et des formes d'organisation sociale internes qui prennent plutôt la forme du repli sur soi, la famille, la communauté...

 

Il faut changer de logiciel. Le potentiel de ces quartiers populaires est très largement sous-exploité et plutôt que de renvoyer les habitants à la norme, à leurs déficits, faisons en sorte de coconstruire avec eux.

 

L'autre problème est l'absence d'acteurs qui soient à même de porter de façon un peu durable des actions ou des revendications. "

 

Q: Y'a-t-il un risque de voir se reproduire aujourd'hui des émeutes comparables à 2005?

 

R: "Les émeutes de 2005 ont été un événement assez exceptionnel, en termes d'échelle, de durée, de violence. Il est vrai que le contexte était assez particulier, avec les déclarations sur le Kärcher, le nettoyage des cités...

 

Une émeute est un court-circuit qui a une signification politique en ceci qu'elle clarifie les choses. On l'a vu après 2005: la prise de conscience a favorisé une accélération de la rénovation urbaine. Mais une fois que l'ordre public est revenu, on se lasse assez rapidement, ça se perd dans les complexités bureaucratiques jusqu'à la prochaine émeute.

 

Les moyens manquent. Où est le volontarisme politique? Où sont les interventions politiques dans les quartiers?

 

Les émeutes, au fond, sont le seul moyen de se faire entendre. Mais cet aspect est peut-être en train de se défaire aussi, parce qu'on se rend compte que faire l'émeute ne sert pas à grand-chose à part se mettre les flics à dos.

 

C'est pourquoi on n'aura sans doute pas des émeutes de 2005 bis. D'autres, peut-être. Il ne faut pas oublier que tout cela s'inscrit dans un contexte morose généralisé. On est dans une situation politique qui rend difficile toute avancée sur le terrain des banlieues, avec le Front national au cœur du débat, une droite décomplexée, une gauche qui se renie, une extrême gauche déphasée... Au fond les quartiers ne sont qu'une caisse de résonance de problèmes plus généraux."

Nos propositions

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