Insécurité et violences dans les transports

Massifs, violents, dégradants et occultés, le harcèlement et les violences sexuelles dans les transports en commun doivent être reconnus et combattus par tous, usagers, opérateurs, collectivités. 100% des utilisatrices…

… de transports en commun ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou une agression sexuelle, rappelle le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) dans le rapport destiné à lutter contre ces violences sexistes remis au gouvernement.

 

Un droit et une liberté majeurs bafoués : la sécurité et la mobilité


Dans cet espace public majeur dédié à une de nos principales libertés, la mobilité, et l’un de nos principaux droits, la sécurité,  les femmes sont les premières victimes des violences.


Le harcèlement sexiste, qui se différencie de la simple "drague" ou de la flatterie, peut prendre des formes diverses, comme des sifflements, des commentaires sur le physique, non punis par la loi, ou des injures, punies par la loi, souvent méconnue.

 

Des usagers déjà sensibilisés et dont on connait les attentes


En novembre, 2014 une enquête Axis Communications / Opinion Way « Les français et la sécurité dans les transports » observait que  parmi les usagers des transports en commun, près de la moitié (47%) se sentent « souvent » (13%) ou « parfois » (34%) en insécurité lorsqu’ils les empruntent.


Plus d’un tiers (35%) des personnes sont favorables à l’augmentation des caméras de vidéosurveillance dans les transports et accepteraient de payer plus cher leur ticket de transport pour financer l’installation de ces nouveaux équipements.


Véritable sujet de proximité qui touche une majorité des Français, la sécurisation des transports en commun est un objectif majeur pour les entreprises de transports, l’Etat et les collectivités locales. Dans la continuité de l’étude réalisée en 2013, Axis Communications fournit en 2014  une étude comparative, mettant l’accent sur le sentiment de sécurité des français en milieu public : Quels sont les facteurs leur permettant de se sentir plus en sécurité ? Comment contribuer à renforcer cette perception, quels moyens mettre en œuvre?


Le sentiment d’insécurité est plus fort chez les femmes (49% contre 44% des hommes), les jeunes (56% des 18-24 ans, contre 37% des 65 ans et plus), les habitants d’Île-de-France (57%) et les usagers du RER (53%).

 

Les attentes sont connues et vont de la propreté à la présence de personnels de sécurité


Ce sont les moyens humains qui rassurent le plus les voyageurs : 89% des utilisateurs de transports en commun se sentent rassurés lorsque la police est présente dans les transports. 86% le sont en présence de vigiles (93% pour les 18-24 ans, pour qui les vigiles sont l’élément le plus rassurant) et 81% le sont en présence de contrôleurs  l’éclairage qui contribue le plus à améliorer le sentiment de sécurité (87%), tandis que les caméras de vidéo-surveillance (81%) sont le deuxième élément matériel le plus important, devant la propreté et l’entretien (77%).

 

Vers un grand plan national d'action


Le Haut conseil propose un grand plan national d'action: "Stop au harcèlement sexiste et aux violences sexuelles sur toute la ligne". Il repose sur trois orientations et quinze recommandations en direction des pouvoirs publics, conseils généraux et communes, des opérateurs de transports, mais aussi du grand public: femmes victimes de harcèlement, témoins et... agresseurs.


Largement sous-estimées et "invisibles", ces agressions verbales ou physiques qui touchent particulièrement les filles et les jeunes femmes doivent être reconnues comme des "manifestations du sexisme qui affectent le droit à la sécurité et limitent l'occupation de l'espace public par les femmes et leurs déplacements", insiste le rapport.

 

Une prise de conscience des acteurs publics bien tardive


Il aura fallu attendre   2012 avec  le documentaire “Femmes de la rue” de la belge Sofie Peters, pour que  la question du «harcèlement de rue»  devienne une préoccupation  en France. Depuis, plusieurs faits dits divers ont interpellé l’opinion publique. En avril 2014 se crée un collectif associatif spécialisé contre ce phénomène: «Stop harcèlement de rue». Le même mois, l’agression sexuelle devant témoins d’une jeune femme dans le métro de Lille fait largement réagir.


C’est dans ce contexte, et dans le cadre du travail du Comité National de la Sécurité dans les Transports en Commun (CNSTC) qui réunit depuis 2010 les pouvoirs publics et les opérateurs de transports5, que Marisol TOURAINE, Ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, et Pascale BOISTARD, Secrétaire d’État en charge des Droits des femmes, ont saisi le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) le 28 janvier 2015 sur le harcèlement sexiste dans l’espace public.

 

L’espace public de la mobilité est menacé


Le phénomène de harcèlement sexiste et des violences sexuelles dans les transports en commun s’inscrit en effet dans un phénomène plus général d’occupation inégalitaire de l’espace public par les femmes et les hommes. Par exemple, même s’il faut se garder de créer des typologies peu pertinentes décrites par les analyses,   les femmes occupent l’espace public plus par besoin que par plaisir (en lien généralement avec les enfants, les tâches domestiques, etc.), et les hommes y stationnent quand les femmes ne font que le traverser.

 

Les trains, métros, trams, bus et cars, et les gares


En l’espèce, l’Avis se concentre sur les transports en commun par voie terrestre, c’est-à-dire les moyens de transports collectifs que sont le train, le métro, le tramway, le bus, le bus scolaire ou le car. Les espaces publics liés à ces transports que sont les gares, stations et abribus sont également visés.


Le HCEfh recommande de former les professionnels concernés afin qu'ils sachent mieux réagir aux situations de harcèlement et orienter les victimes. Il préconise encore de mieux organiser les transports par bus (arrêts à la demande à proximité de la destination finale, amplitude horaire...), comme cela a été expérimenté au Canada, afin de sécuriser les personnes seules la nuit.


Deux tiers des usagers des transports publics sont des voyageuses et deux tiers des victimes d'injures et insultes sont des femmes, tout comme l'écrasante majorité des victimes de violences sexuelles. Ces violences sexistes et sexuelles faites aux femmes ont lieu principalement dans les bus et les bus scolaires sur l'ensemble du territoire.


Les violences à l'encontre des hommes ont plutôt lieu dans les trains. Six femmes sur dix craignent une agression ou un vol dans les transports franciliens contre trois hommes sur dix.

 

Un phénomène massif


Le phénomène du harcèlement sexiste et des violences sexuelles dans les transports comme massif, violent et aux impacts négatifs importants, en particulier pour les victimes et les témoins. Il constitue une violation des droits humains (liberté de circuler et droit à la sécurité), un frein à l’égal accès aux services publics des transports, et une violence de genre.


Ce phénomène touche plus particulièrement les filles et les jeunes femmes. Les transports en commun constituant un vecteur majeur de liberté pour les femmes - qui en sont davantage utilisatrices que les hommes – l’impact négatif de ce continuum de violences sur leur vie quotidienne est important (sentiment d’insécurité dans l’espace public, freins à la mobilité, injonctions vestimentaires et de comportements, peur d’être jugée sur son apparence, sa sexualité ou sa capacité à plaire aux hommes, etc.), comme sur le vivre ensemble (frein à la sociabilité, renforcement des stéréotypes de sexe, etc.), et le maintien des inégalités et des discriminations entre les femmes et les hommes.


Récemment, une étude de la fondation Thomson Reuters a montré que Paris était la 11e ville au monde où les femmes se sentaient le moins en sécurité dans les transports, et la troisième où elles étaient persuadées que personne ne leur viendrait en aide.

 

2/3 des voyageurs des transports publics en commun sont des femmes


100% des utilisatrices des transports en commun ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou agressions sexuelles, conscientes ou non que cela relève de ce phénomène. Les jeunes femmes sont particulièrement concernées. Dans plus de 50% des cas, la 1re agression intervient avant 18 ans.


Dans les transports en commun, 2/3 des victimes d’injures et insultes sont des femmes, tout comme l’écrasante majorité des victimes de violences sexuelles. Les victimes de coups et blessures sont principalement des hommes. Source : Les violences faites aux femmes dans les transports collectifs terrestres.


Ces violences sexistes et sexuelles faites aux femmes ont lieu principalement dans les bus et bus scolaires sur l’ensemble du territoire, les violences dont les hommes sont victimes ont plutôt lieu dans le train.


Ces violences sont plutôt commises dans la journée, entre 8h et 20h, c’est-à-dire au moment où les femmes fréquentent le plus les transports en commun. Les hommes constituent la majorité des victimes à partir de 21h.

 

Les conclusions du rapport


-       Il rappelle la responsabilité des sociétés de transports en commun tenues à « l’obligation d’offrir des conditions maximales de sécurité aux personnes qu’elles transportent»1, ainsi que celle des conseils généraux et des communes concernant la sécurité des élèves sur les aires de stationnement des cars scolaires et en leur sein.


-       Il entend la société civile, en premier lieu les associations féministes et les femmes, aujourd’hui décidées à ne plus taire, minimiser ni tolérer ce phénomène, mais au contraire à parler, nommer et dénoncer pour mieux collectivement faire changer les comportements et reculer ces violences.


-       Il observe que le Gouvernement, les collectivités territoriales et les entreprises de transport expriment de plus en plus leur volonté de passer à l’action en s’inspirant des politiques déjà menées dans certains pays étrangers, souvent à l’échelle de villes (Angleterre, Canada, États-Unis, Brésil, etc.).


-       Il affirme qu’il faut rompre le silence, faire connaitre et reconnaitre le phénomène et donner à toutes et tous les moyens d’agir.


-       Il souligne enfin les principes d’action et les points de vigilance à inclure dans un plan global.

 

Vers un plan national d’action


Le rapport préconise un plan « Stop au harcèlement sexiste et aux violences sexuelles sur toute la ligne» articulé aux plans nationaux existants concernant la lutte contre les violences faites aux femmes d’une part, et la sécurisation des transports d’autre part.


Ce plan repose sur 3 orientations visant à mettre la société en mouvement pour permettre aux femmes, comme aux hommes, d’exercer sans entraves et en toute sécurité leur liberté de circuler :


-       Définir et mesurer le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans l’espace public, en particulier dans les transports en commun,


-       Agir au niveau des opérateurs de transports,


-       Agir au niveau des pouvoirs publics afin de faire mieux connaitre, reconnaitre et reculer le phénomène.

 

Un paradoxe qui ne doit pas cacher un problème global : les graves carences de la sécurisation des transports


Le paradoxe du phénomène de harcèlement sexiste et des violences sexuelles dans les transports en commun est que ce phénomène est si fréquent qu’il est banalisé, laissant perplexe sur la possibilité de combattre ce problème. C’est ce que relève ce rapport.


L’insécurité et les violences, dans les perceptions comme dans  les faits, sont une réalité globale qu’il faut traiter comme telle, même si des réponses appropriées aux phénomènes les plus aigües doivent être mises en place. L'obligation de la puissance publique et des transporteurs est d'analyser ce fait de société et d'agir dans le cadre d’une politique prioritaire de sécurité publique.

 

Quelle gouvernance de ces espaces de vie ?


Cette action doit s’inscrire dans une politique de qualité de service et de bien vivre dans les espaces de transport.


Nous en sommes très loin quand on observe l’état général de « non propreté » et de « mal entretien », et la quasi absence d’un accompagnement de convivialité. Pourtant bien des services, directement liés au transport ou non, pourraient être proposés, qu’ils soient gratuits ou payants. Les espaces de transport sont un lieu de vie qu’il faut traiter comme tel, il y a une gouvernance, une démocratie même, de ces lieux à inventer.

 

Hélène Howald-Kremer

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