Pour une  prospérité plus durable 

Jeffrey D. Sachs, directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia, a publié dans les Echos un billet que nous reprenons ici. Il y développe les éléments méthodologiques permettant de rendre la prospérité durable, avec les notions de cap et de complexité en particulier. Comment, par exemple expliquer l’efficacité de la lutte contre la pauvreté ? Il cite Kennedy qui évoque Archimède… A lire.

« Une méthode pour rendre notre prospérité plus durable

 

« Adoptés en 2000, les Objectifs du millénaire sont parvenus à un résultat notable : celui de faire reculer la pauvreté dans le monde. Dans un univers aussi complexe que le nôtre, fixer un cap est le plus sûr moyen de réussir.

 

En septembre 2000, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait la Déclaration du millénaire, laquelle incluait les Objectifs du millénaire pour le développement. Ces huit objectifs allaient devenir la pièce centrale des efforts de développement au sein des pays pauvres de la planète. Ont-ils véritablement fait la différence ? On peut répondre à cette question par l’affirmative.

 

De nettes avancées ont en effet été accomplies dans la lutte contre la pauvreté, le contrôle des maladies, ainsi que l’amélioration de l’accès à l’éducation et aux infrastructures dans les pays les plus pauvres, notamment en Afrique. Ces objectifs globaux ont bel et bien permis de galvaniser l’effort mené à l’échelle planétaire.

 

Comment expliquer leur efficacité ? Dans l’une des plus grandes allocutions de la présidence américaine moderne, prononcée en juin 1963, John F. Kennedy disait : « En définissant notre objectif plus précisément, en le rendant plus raisonnable et plus accessible, nous pouvons permettre à tous les peuples de le percevoir, d’en tirer une source d’espoir, et de se diriger irrésistiblement vers lui. »

 

La fixation d’objectifs est importante à de nombreux égards. Tout d’abord, ils sont essentiels à la mobilisation sociale. Le monde a besoin d’être orienté dans une direction donnée lorsqu’il s’agit de lutter contre la pauvreté, ou d’atteindre le développement durable ; or il est extrêmement difficile au sein de notre univers bruyant, disparate, divisé, encombré, distrait, et souvent dépassé, de construire un effort cohérent en direction de l’accomplissement du moindre de nos objectifs communs. L’adoption d’objectifs mondiaux permet aux individus, aux organisations et aux gouvernements du monde entier de s’entendre sur la fixation d’un cap – c’est-à-dire en fin de compte de se focaliser sur ce qui importe véritablement pour notre avenir.

 

Tout objectif a pour deuxième fonction de créer une pression de groupe. Avec l’adoption des OMD, les dirigeants politiques se sont retrouvés interrogés publiquement sur les mesures prises pour éradiquer la pauvreté extrême.

 

La fixation d’objectifs a pour troisième atout de générer des communautés épistémiques – à savoir des réseaux d’expertises, de connaissances et de pratiques – et de les mettre au service de l’action face aux défis du développement durable. Lorsque d’ambitieux objectifs sont fixés, ces communautés de la connaissance et des pratiques se réunissent afin de proposer des pistes concrètes en vue de leur accomplissement.

 

Enfin, les objectifs permettent de mobiliser les réseaux de parties prenantes. Dirigeants de communautés, responsables politiques, ministères, communauté scientifique, organisations non gouvernementales majeures, groupes religieux, organisations internationales, organismes de don et autres fondations trouvent ainsi une motivation commune autour d’un projet partagé. Ce type de processus faisant intervenir des acteurs multiples est essentiel à la résolution des défis complexes du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, les famines et les maladies.

 

Pour autant, la fixation d’objectifs uniques ou multiples ne garantit nullement l’accomplissement de progrès à grande échelle. Elle ne constitue qu’une première étape dans la mise en œuvre d’un plan d’action, et doit être suivie par des politiques correctement élaborées et des financements adéquats, la supervision du tout étant assurée par de nouvelles institutions. De même, lorsque des résultats sont atteints, ces résultats doivent être mesurés, et les stratégies être repensées et adaptées dans le cadre d’un cycle perpétuel d’évaluation des politiques, le tout sous la pression et la motivation d’échéances clairement fixées.

 

A l’heure où nous pouvons nous féliciter des formidables progrès accomplis grâce aux Objectifs du millénaire, il nous faut désormais poursuivre le chemin. En dépit du cynisme, de la confusion et des politiques d’obstruction qui entourent les efforts de lutte contre la pauvreté, les inégalités et la dégradation de l’environnement, des avancées majeures sont bel et bien possibles. Et bien que les grandes puissances de la planète semblent inactives en la matière, il ne s’agit pas d’une fatalité. Les idées sont quelque chose d’important. Elles ont en effet cette capacité à influencer les politiques publiques de manière beaucoup plus profondes et rapides que les critiques ne peuvent l’imaginer.

 

Dans son dernier discours à l’ONU en septembre 1963, Kennedy décrit la recherche de la paix en citant Archimède, qui, « en expliquant le principe du levier, aurait déclaré à ses amis : “donnez-moi un endroit où prendre position, et je déplacerai le monde.” » Cinquante ans plus tard, c’est au tour de notre génération de déplacer le monde en direction du développement durable. »

 

Jeffrey D. Sachs

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