L’Europe de l’Energie : se libérer de la perfusion

A l'approche du Conseil européen consacré à l’énergie des 18 et 19 mars prochains, il est essentiel de faire un point sur les enjeux et les perspectives. Les enjeux sont corrélés à la situation singulière…

…de l’Europe. Quant aux perspectives et aux pistes d’action notre Think Tank a choisi de mettre le projecteur sur les propositions du Think Tank Fondation Concorde, et de rappeler, comme en clin d’œil,  la nécessité d’un débat véritable sur le gaz de schiste.

 

La situation singulière de l’Europe

 

L'Union européenne est le plus important consommateur d'énergie au monde. Ses réserves étant réduites, elle doit compter sur les pays tiers pour lui fournir la majeure partie de l'énergie qu'elle consomme. Parallèlement, elle s'est fixé des objectifs contraignants pour lutter contre le changement climatique. La politique européenne de l'énergie s'efforce alors d'assurer la sécurité des approvisionnements et le maintien de prix abordables, tout en poursuivant des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de développement des énergies renouvelables.

 

En matière énergétique, l'Union européenne fait aujourd'hui face à trois principaux défis. En dépit de la rareté de ses réserves et de la dépendance vis-à-vis des pays tiers, elle cherche à garantir la sécurité de ses approvisionnements. Ensuite, la hausse et la relative volatilité des prix de l'énergie nuisent à la compétitivité de son économie. Enfin, la consommation d'énergie constitue l'essentiel des sources d'émission de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, et donc la principale cause du changement climatique.

 

Une Union Européenne au pouvoir limité

 

Bien que l'énergie ait été l'un des premiers domaines de compétence des communautés européennes, avec la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en 1951 puis d'Euratom en 1957, les Etats sont autonomes dans le choix de leurs sources d'approvisionnements et de leur mix énergétique. C'est donc avec un pouvoir limité que l'Union européenne tente de faire face aux défis actuels.

 

L'Union européenne consomme environ 20% de l'énergie produite dans le monde. Disposant de peu de réserves (moins de 1% des réserves mondiales pour le pétrole, 1,5% pour le gaz naturel et 4% pour le charbon), elle doit importer plus de la moitié de son énergie, une part qui pourrait passer à 70 – 75% d'ici 2030. Près de 40% du charbon, plus de 60% du gaz et plus de 80% du pétrole consommés sont importés.

 

La Russie fournit à l'UE le tiers de ses importations de pétrole, de produits raffinés, de gaz et de charbon.

 

Pour le pétrole, les principaux fournisseurs de l'Union sont la Russie, les pays de l'OPEP et la Norvège. Pour le gaz, la Russie vient également en première position, suivie de la Norvège et de l'Algérie. Enfin, le charbon provient essentiellement de la Russie, de la Colombie, de l'Afrique du Sud et des Etats-Unis.

 

Six pays est-européens dépendent même à 100% à Moscou pour le gaz.

 

Le secteur des transports est le premier poste de consommation d’énergie en Europe (33 %), devant les secteurs résidentiel (27 %), de l’industrie (24 %), tertiaire (13 %) et de l’agriculture (2 %). Le gaz joue un rôle prépondérant dans les secteurs résidentiel et tertiaire, tandis qu'électricité et gaz dominent dans le secteur de l'industrie.

 

Plus du quart de la production européenne d’électricité provient de centrales nucléaires, et plus de la moitié provient de centrales utilisant des combustibles (gaz naturel, charbon, pétrole).

 

L’impératif d’un renforcement de  la politique européenne

 

La politique énergétique revêt un caractère stratégique pour l’Union européenne du fait de sa forte dépendance à l’égard d’états extérieurs (plus de 60% du gaz et plus de 80% du pétrole consommés sont importés), du faible taux d’interconnexion entre Etats-membres, de l’impact sur l’économie de la fluctuation des prix de l’énergie et des risques géopolitiques pesant sur sa sécurité d’approvisionnement.

 

Dans ce cadre, la Commission européenne a publié, le 25 février, un « document d’orientation» relatif à l’Union de l’Energie qui fera l’objet d’un débat avec les Chefs d’Etat et de Gouvernement lors du Conseil européen des 18 et 19 mars.

 

Un enjeu comparable au Charbon/Acier

 

A l’instar de ce qu’avait été la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier dans les années 50 – c’est-à-dire un élément fondamental de la construction européenne -  l’Union de l’Energie, c’est la conviction de la Fondation Concorde,  revêt une ambition politique majeure à l’heure où les Etats membres dépendent de plus en plus les uns des autres.

 

L’objectif de la Commission européenne est de créer un système énergétique intégré à l’échelle d’un continent où les flux énergétiques circulent librement à travers les frontières, basé sur une réelle concurrence et le meilleur usage des ressources, régulé lorsque nécessaire au niveau européen.

 

Les cinq objectifs stratégiques  de la Commission européenne

 

- la sécurité de l’approvisionnement en énergie de l’UE

- l’achèvement du marché intérieur de l’énergie

- la modération de la demande européenne

- la « décarbonisation » du bouquet énergétique de l’UE

- la recherche et l’innovation

 

La  contribution au débat  de la Fondation Concorde

 

Celle-ci se concrétise par deux mesures phares, la création d'un Pacte pour l'énergie et l'introduction d'un nouveau mode de fonctionnement du marché carbone européen. Améliorer la gouvernance européenne et la coordination des politiques nationales.

 

La Fondation  propose, à l’image du Pacte de Stabilité et de Croissance pour la politique économique européenne et de l’Euro, ou encore de la Politique Agricole Commune dans les années soixante, un Pacte pour l’Energie engageant l’ensemble des Etats membres sur la base des spécificités de chacun.

 

Pour elle, la politique climatique et le marché communautaire du carbone sont les moteurs nécessaires à la mise en place d’une véritable Union de l’énergie.

 

Le Pacte pour l’Energie, avec, comme application concrète la gestion du marché de quotas carbone à travers le mécanisme ETS, sera ainsi, en alliant Energie et Climat, un des ciments fédérateurs d’une Union européenne, aujourd’hui, à la recherche de nouveaux grands chantiers.

 

Deux propositions fortement articulées

 

Voilà pourquoi la Fondation Concorde articule ses propositions en  deux parties distinctes mais corrélées. En effet, pour atteindre ces objectifs, deux plans d’actions apparaissent indispensables: une véritable gouvernance/coordination prenant en compte les politiques énergétiques nationales spécifiques et un renforcement du système ETS seul à même de créer un prix du carbone juste et incitatif pour les investissements bas-carbone.

 

A l’image du Pacte de Stabilité et de Croissance pour la politique économique européenne et de l’Euro, ou encore de la Politique Agricole Commune dans les années soixante, un Pacte pour l’Energie doit être mis en place, engageant l’ensemble des Etats membres. La politique climatique et le mécanisme ETS sont, à ce titre, les moteurs pour la mise en place d’une Union de l’énergie.

 

Un pacte pour l’énergie

 

D’abord, La mise en place d’une réelle Union de l’Energie, qui nécessite une véritable gouvernance européenne des politiques énergétiques nationales à horizon 2030 : la création d’un Pacte pour l’Energie semblable au Pacte pour la Stabilité et la Croissance, outil fédérateur de la politique économique et monétaire européenne.

 

Le mécanisme ETS

 

Ensuite, un système européen d’échange de quotas d’émission destiné à avoir un rôle central à double titre : dans la politique climatique de l’UE pour la réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre et comme moteur d’une politique énergétique commune

 

Les perspectives

 

Avec l’adoption d’un objectif de réduction d’au moins 40 % GES à l’horizon 2030 ETS aura un rôle significatif. Par ailleurs, le surplus actuel que connaît ETS devrait être réduit afin que des incitations cohérentes avec la trajectoire 2050, notamment un signal prix, soient envoyées plus rapidement aux secteurs assujettis.

 

La proposition de la Commission de mettre en place une réserve de stabilité ETS est donc à saluer sur la base de dispositifs des principes suivants:

 

En plus d’un démarrage anticipé de la réserve de stabilité du marché en 2017, il est impératif d’avoir un versement dans cette réserve de la totalité ou d’une partie significative des quotas    « backloadés » pour limiter les fortes fluctuations des cours du carbone et offrir aux acteurs un cadre incitatif pour des investissements bas carbone.

 

Cette disposition permettrait une meilleure progressivité dans les volumes et les prix tout en offrant une bonne lisibilité politique aux acteurs du marché.

 

Le mécanisme doit être plus réactif, en réduisant autant que possible le délai d’intervention de la réserve en augmentant les seuils de déclenchement notamment pour être plus cohérent avec les stratégies d’épargne des acteurs.

 

Un pilotage fin est nécessaire

 

La Fondation considère qu’un mécanisme d’observation et de remise à niveau systématique doit être mis en place pour assurer une revue du dispositif plus régulière que celle proposée par la Commission afin de suivre au plus près l’évolution du marché du carbone : un dispositif de gouvernance du mécanisme ayant pour objectif de produire régulièrement des évaluations et recommandations pour anticiper les chocs non prévisibles sur le marché permettrait de ne pas retomber dans certains erreurs de gestion du dispositif. De plus, ce mécanisme doit aussi être mis en place avec un suivi spécifique lié aux fuites carbone.

 

Etablir un prix plancher du carbone

 

La Fondation propose par ailleurs de mettre en place un prix plancher du carbone, pour assurer les investisseurs d’un signal prix de long terme et éviter les dysfonctionnements du marché liés à la mise en place de prix plancher dans certains Etats Membres.

 

Et de continuer de travailler pour trouver un complément opérationnel au marché notamment auprès des industries électro-intensives. En lien avec le suivi des fuites carbone, il est essentiel de ne pas impacter de façon négative l’industrie européenne. L’objectif doit être pour la Commission d’introduire un mécanisme d’allocation prenant en compte les variations de niveau de production, de continuer l’attribution de façon spécifique par secteurs afin de ne pas affecter l’industrie européenne tout en incitant les performances les plus efficaces.

 

Le point particulier du Gaz de  Schiste

 

Nous rappelons quelques aspects du sujet mais ne développons pas davantage.

 

Le Think Tank a déjà abordé ce sujet qui mérite, en France en particulier, un débat sans tabous et faux semblants, sur l’ensemble des aspects, économiques, sociétaux, environnementaux ou techniques.

 

Le potentiel d'extraction de gaz de schiste au sein de l'UE est « incertain », à cause des limites des données géologiques permettant d'évaluer l'accessibilité des réserves, ce qui douche les espoirs de certains de voir le gaz de schiste exploité à grande échelle sur le continent.

 

Les réserves les plus importantes en Europe se situent en France et en Pologne, qui détiendraient respectivement 3,88 et 4,19 mille milliards de mètres cubes, selon l'Agence américaine pour l'information sur l'énergie (EIA). Le territoire des États-Unis renfermerait quant à lui quelque 16 mille milliards de mètres cubes.

 

La situation géologie est en outre « plus compliquée » en Europe qu'aux États-Unis. Le rapport fait ainsi état de formations rocheuses « plus anciennes » et « plus fracturées », ce qui a des « conséquences sur la faisabilité technique et économique de l'extraction de gaz ».

 

Le gaz de schiste constitue bien une alternative séduisante aux importations en provenance de la Russie dans un contexte politique tendu, où il pourrait apporter  une contribution non négligeable à la sécurité énergétique  en remplaçant une partie des importations russes.

 

Alors que des techniques de forage horizontal sont à présent disponibles, l'impact de l'extraction sur le terrain peut également être limité, rendant possible la localisation de puits de forage plus près des zones densément peuplées.

 

T. Lidolff et J. Armand

 

 

Voir nos articles relatifs au gaz de schiste :

 

-       Dépasser les peurs sur le gaz de schiste
 
http://www.infrastructurefrance.fr/2015/01/02/gaz-de-schiste-d%C3%A9passer-les-peurs/
 
-       Du pétrole de schiste dans le sous-sol parisien
 
http://www.infrastructurefrance.fr/2015/01/23/bassin-parisien-un-sous-sol-m%C3%A9connu/
 
-       L’Espagne mise sur le gaz de schiste
 
http://www.infrastructurefrance.fr/2015/01/14/le-gouvernement-espagnol-mise-sur-le-gaz-de-schiste/

 

Voir nos autres articles de la rubrique réservée à l’énergie : le nucléaire, le solaire, l’éolien ou l’houlomotricité.

Nos propositions

proposition Think Tank DIFF 12-10 .pdf
Document Adobe Acrobat 1.1 MB

Présidentielles:       "ADRESSE AUX CANDIDATS" Version 2

adresse aux candidats 23 12 16 2.pdf
Document Adobe Acrobat 1.1 MB

Actualité

jeu.

13

juil.

2017

Notre actualité

Lire la suite

sam.

27

mai

2017

TGV « inOui » !

Lire la suite