Philosopher en entreprise

Le risque de la pensée critique est seul propice à une remise en question. Si les responsables d’entreprises n’assument pas cela l’esprit de responsabilité n’en sera pas facilité chez les collaborateurs. Cet esprit critique…

… est d’ailleurs sous-jacent à  toute démarche d’amélioration continue. C’est ce que défend Thibaud Brière philosophe, dans un article  publié dans  Humanités et entreprise. Il développe la nécessité de philosopher en entreprise.

 

Il rappelle que les problématiques de « bien-être » et de « mal-être », de « leadership », d’« intelligence collective », ou encore de « changement » sont directement philosophiques. Son article est repris ci-contre.

 

Alors que chacun d’entre nous consacre 80% de son temps éveillé en entreprise, il nous faut traiter les questions d’ordre éthique, politique ou existentiel au sein même des relations de travail. Le Think Tank reviendra sur les questions éthiques et philosophiques propres à enrichir tant le management en entreprise que l’action publique ou privée.

 

Le courage, l’engagement, l’optimisme,  le  gouvernement de soi et des autres, la Parresia en tant que parler vrai... autant de concepts – qui comme des  leçons -  contribuent à l’impérative rénovation de l’action publique et privée.

 

Par ailleurs certains philosophes développent en ce 21° siècle les  notions de joie et d'enthousiasme dans le travail ; Ou encore,  l’exemplarité  qui passe par l’enthousiasme à faire, la joie en équipe du résultat atteint.

 

Colin Nohant

 

 

« Pourquoi de la philosophie en entreprise ?

 

La philosophie ne peut se désintéresser de la constitution de communautés humaines, a fortiori lorsque celles-ci sont aussi nombreuses et influentes que le sont aujourd’hui les entreprises. Là où se trouvent des humains, et des humains réunis en société, se posent, qu’on le veuille ou non, des questions philosophiques, qu’elles soient d’ordre éthique, politique ou existentiel.

 

Or philosophie et entreprise se méconnaissent trop largement. Par formation et inaccoutumance, les philosophes de profession discernent mal les enjeux et objets propres aux entreprises [1], quand les professionnels de l’entreprise, de leur côté, ne voient pas en quoi une réflexion philosophique pourrait venir nourrir les problématiques qui sont les leurs.

 

Cette situation n’est guère acceptable. On peut difficilement se résoudre à ne pas penser le contexte dans lequel vivent, pour ne parler que de la France, des dizaines de millions de personnes pendant près de 80% de leur temps éveillé. Le cadre professionnel contribue autant à former ou à déformer les personnes que peuvent le faire la cellule familiale, le système scolaire ou l’environnement politique.

 

Il n’est pas indifférent qu’elles soient dirigées par un despotisme éclairé plutôt que par une démocratie ; pas indifférent qu’elles comprennent ou pas le sens de ce qu’elles font et vivent ; pas indifférent non plus, enfin, que les formations professionnelles se revendiquant du « développement personnel » disséminent insensiblement une philosophie bien déterminée dans les organisations.

 

Les problématiques de « bien-être » et de « mal-être », de « leadership », d’« intelligence collective », ou encore de « changement » sont directement philosophiques et abordées sous toutes les coutures depuis 2 500 ans par la « science des sciences ». Quelle imprudence ce serait de prétendre faire l’impasse sur plus de deux millénaires de réflexions dans ces domaines. Non pour le plaisir d’une référence érudite, mais parce que frotter notre réflexion à celle des plus grands nous aide à élever notre propre « niveau de jeu ».

 

Lorsque les questions éthiques sont évacuées, mal posées ou maltraitées, on autorise toutes les dérives et, à terme, la constitution d’environnements de formes quasi totalitaires, fussent-ils inspirés par les meilleures intentions du monde.

 

Lorsque les questions politiques sont ignorées ou réduites à de simples considérations techniques, on laisse s’imposer comme unique critère de mesure celui de l’efficacité technique, aveugle à la nature des fins poursuivies.

 

Lorsque les questions existentielles des salariés ne sont abordées que par un prisme uniquement psychologique ou médical, elles ne tardent pas à dégénérer en pathologies diverses, troubles psychosociaux notamment.

 

Si, du côté des philosophes, on ne prend pas la peine de penser des objets philosophiques potentiellement nouveaux, en tous cas inhabituels, on a beau jeu, ensuite, de déplorer tout à la fois une « déshumanisation des organisations » et un « manque de débouchés pour les philosophes » ! Il faut former ceux-ci, dès l’université, à penser ces « nouveaux territoires » que sont les entreprises, de manière à porter au plus loin l’exigence de clarification qui les anime.

 

Et si, du côté des entrepreneurs, on ne prend pas le risque de la pensée critique seule propice à une remise en question de l’existant pourtant induite par toute démarche d’amélioration continue, il ne faut pas s’étonner de voir les salariés manquer d’esprit de responsabilité, d’initiative ou d’innovation ! C’est pourquoi il faut résolument, méthodiquement, par tous moyens disponibles (formations séminaires…), les former à penser leurs savoirs et à développer, autant que faire se peut, une sagesse managériale. Afin qu’ils ne « polluent » pas leurs collaborateurs – primum non nocere ! –, qu’ils fassent preuve de discernement critique au quotidien et d’un équilibre de prudence et d’audace dans leurs décisions.

 

Faire de la philosophie en entreprise, cela veut dire, par exemple, s’interroger sur le type de gouvernement politique à l’œuvre dans ces organisations (despotisme éclairé ? aristocratie ? ploutocratie ?), sur les modalités d’exercice du pouvoir dans ses différentes figures (le manager, le leader…), sur le type humain modelé par tel environnement de travail ou telle théorie influente en ressources humaines (Mouvement du développement personnel, Programmation neuro-linguistique…), penser la place de l’homme dans des organisations techniciennes gagnées par une inflation des procédures de contrôle et une dématérialisation accélérée (des produits comme des rapports sociaux), préciser le sens des mots (« coopérer » qui n’est pas collaborer, « diversité » qui n’est pas variété…), dégager la philosophie sous-jacente à une organisation en l’étudiant à la manière dont on étudierait un auteur (la saturer de sens, partir d’un a priori bienveillant qui en dépasse les objections selon sa propre logique, etc.), clarifier le rapport des collaborateurs au temps, à l’espace ou à l’amitié, préciser ce dont il s’agit quand on parle de « savoir-être », de « remettre l’humain au centre » ou de « donner du sens » au travail. Et bien d’autres chantiers encore.

 

Le sens de ce travail n’est pas tant de dire aux responsables ce qu’ils devraient faire, pour situer l’humain au centre ou pour disposer d’une organisation plus ouverte à la remise en question, il est, plus modestement, de leur faire prendre conscience de ce qu’ils font, intentionnellement ou non.

 

Un but en effet que l’on peut assigner à la philosophie, n’est pas de faire en sorte que les hommes adhèrent à une vérité – cela les regarde – mais, a minima, qu’ils soient libres de toute illusion à son sujet, ce qui est déjà un progrès en vérité, ou du moins en conscience. » 

 

« [1] Ce qui existe, ce sont quelques rares interactions entre philosophie et économie, à l’instar de la Revue de philosophie économique (éditée par Vuibert et dont le site internet est www.revuephiloeco.com) ou du réseau « Philosophie-économie » (www.philo-eco.eu). »

Thibaud Brière.

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