Un nouveau modèle de croissance 

 « L’Etat doit proposer d’urgence un nouveau modèle de croissance », c’est ce qu’indique  Patrick Artus…

« Croissance zéro ! Dans leur dernier ouvrage, l’économiste Patrick Artus et la journaliste Marie-Paule Virard annoncent la couleur: inutile d’espérer retrouver les taux de croissance d’hier. Mieux vaut essayer d’apprendre à vivre avec une croissance nulle pour préserver la cohésion sociale et la démocratie. En clair, éviter le chaos. L’analyse et les pistes proposées par Patrick Artus.

 

Ne rêvons pas, la croissance ne reviendra pas,

 

la parenthèse enchantée des Trente Glorieuses est bel et bien refermée » dites-vous. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

 

Patrick Artus. A première vue, l’hypothèse est paradoxale. Dans la vie quotidienne, nous baignons dans internet, le numérique, les objets connectés, et nous avons le sentiment de vivre à une période où le progrès technique est vigoureux. Toutefois, une analyse approfondie des chiffres montre que la productivité ne cesse de ralentir, surtout depuis le début du siècle. Or, à long terme, la croissance potentielle dépend du progrès technique et de l’augmentation de la population active, deux moteurs désormais grippés. La population active marque le pas dans tous les pays développés; elle baisse même déjà en Allemagne et au Japon. Quant au progrès technique (l’effort d’innovation, l’amélioration de la qualité des produits et des processus de production, de l’organisation de la production, etc.), il stagne ou recule un peu partout dans le monde. Et il ne s’agit pas d’un problème spécifique à tel ou tel pays mais bien d’une panne universelle qui, à des degrés divers, touche pratiquement tous les pays et tous les secteurs d’activité.

 

Quelles sont les raisons de cette situation ?

 

P.A. A l’aide d’exemples sectoriels, nous avons analysé dans le livre celles qui nous paraissent essentielles. La première, c’est la perte d’efficacité de la recherche-développement. Les budgets de R&D ont beau être de plus en plus ambitieux, l’innovation souffre de la pathologie des rendements décroissants. Dans la pharmacie, par exemple, il faut désormais en moyenne plus de 4 milliards de dollars pour mettre une molécule sur le marché, soit pratiquement deux fois plus qu’il y a quinze ans. La deuxième raison, c’est l’augmentation de l’intensité capitalistique : il faut consommer de plus en plus de capital pour créer la même quantité de richesses. Dans le secteur pétrolier, par exemple, le coût de l’extraction d’une goutte d’or noir s’envole. Troisième piste : l’insuffisant niveau de qualification de la population active. La nouvelle enquête OCDE sur la compétence des adultes établit un lien très clair entre celui-ci et les gains de productivité. Notons au passage qu’avec des scores médiocres sur le front des compétences fondamentales que sont lire et compter, la France fait partie des pays « décrocheurs ».

 

Les nouvelles technologies

 

dites NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique, sciences cognitives) sont pourtant souvent présentées comme des boosters de croissance aussi importants que des révolutions industrielles précédentes. Là encore, vous semblez très sceptiques...

 

P.A. Internet est-il une innovation de rupture comme le furent en leur temps la charrue, le moulin à eau, l’eau courante ou le moteur électrique ? Le débat fait rage entre ceux que l’on appelle les « techno-pessimistes » et leurs contradicteurs et il est probablement trop tôt pour trancher. Mais une chose est sûre pour le moment : la diffusion des nouvelles technologies de l’information, qui a commencé il y a plus de vingt ans ne s’est pas encore traduite par une augmentation significative et durable des gains de productivité et du progrès technique. A ce stade, il est impossible d’affirmer que les NTI sont à l’origine d’une période de croissance soutenue de l’économie mondiale. Mais cela ne veut pas dire que tel ne sera pas le cas demain. Le passé a prouvé qu’il faut parfois des décennies pour qu’une révolution industrielle diffuse ses bienfaits à l’économie. En outre, nous sommes confrontés à un problème de mesure car, à l’heure actuelle, la comptabilité nationale est incapable de mesurer les gains de productivité liés à internet dans les services. Nous disons simplement qu’il faut à la fois être prudent sur les promesses de la troisième révolution industrielle et en même temps tout faire pour optimiser l’usage des nouvelles technologies et les mettre au service de la création de richesse.

 

Si votre hypothèse sur la croissance potentielle est la bonne, à quelles conséquences doit-on s’attendre ?

 

P.A. Nous redoutons une baisse généralisée du niveau de vie et une multiplication des conflits de répartition pour la conquête des parts d’un gâteau qui risque de ne plus augmenter. Si nous n’avons plus de surplus à distribuer, comment ferons-nous pour payer les pensions d’un nombre croissant de retraités, financer les progrès de la santé, les dépenses d’éducation, les prestations destinées aux chômeurs et aux plus démunis ? Le risque est grand de voir se multiplier les conflits entre jeunes et moins jeunes, entre bien portants et malades, entre salariés du public et du privé, entre qualifiés et peu qualifiés, etc. Autant de conflits de répartition qui étaient jusqu’à présent réglés par la croissance. Désormais, c’est la rareté des revenus qu’il va falloir apprendre à gérer. Sans parler du problème de la dette publique ? Si le taux de croissance de long terme de la France n’est pas 2 % mais 1 % l’an, il manquera - toutes choses égales par ailleurs - dix points de PIB dans dix ans et il faudra compter avec cinq points de PIB de déficit en plus. C’est considérable.

 

Alors, que faudrait-il faire, notamment en France ? Quelle nouvelle organisation de l’économie pour préserver la cohésion sociale et la démocratie ?

 

P.A. D’abord, le pire serait de renoncer à lutter pour fabriquer davantage de croissance à long terme, même si cela s’annonce de plus en plus difficile. Dans un pays comme la France, cela signifie qu’il faut traiter d’urgence la question de l’offre, encourager le développement d’entreprises innovantes, accélérer la diffusion des nouvelles technologies de l’information, investir massivement sur les formations techniques et professionnalisantes, réformer le marché du travail en faisant converger progressivement CDD et CDI vers un contrat de travail unique, lier l’évolution des salaires réels à celle de la productivité du travail, etc. Bref, refabriquer du progrès technique, ce qui présente en outre l’avantage d’être synonyme de croissance de qualité, une croissance économe en facteurs de production. Ensuite, il faut réfléchir à un nouveau partage des revenus et il revient à l’État de s’impliquer dans ce nouveau partage afin d’éviter que le tissu social se déchire. D’autant que les politiques de l’offre sont toujours douloureuses avant de porter leurs fruits et que nous sommes condamnés à payer l’immobilisme des décennies passées au prix fort. L’Etat doit proposer d’urgence un nouveau modèle de croissance aussi équilibré et aussi équitable que possible.

 

 

Patrick Artus :

 

Est chef économiste de Natixis, professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre du Conseil d’analyse économique auprès du premier ministre. Marie-Paule Virard est journaliste économique. Tous deux ont déjà publié Le capitalisme est en train de s’autodétruire, La France sans ses usines, Les apprentis sorciers...

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