La FNTP alerte et formule des propositions

« Pour les Travaux Publics, 2014 aura été l’année de la plongée dans la dépression. Si en 2015 aucune reprise…

…de l’activité ne peut être envisagée, des décisions politiques sont attendues qui conditionneront l’avenir du secteur ». C’est ainsi que Bruno Cavagnié a ouvert sa conférence de presse de décembre dernier.

 

Un devoir d’alerte

 

Le Président de la FNTP a rappelé l’extrême gravité de la situation comme des perspectives. Il a, point par point souligné les phénomènes négatifs en place et forgé des propositions très concrètes. Les demandes et propositions qu’il porte sont de nature à redonner au secteur des travaux publics un niveau d’activité propre à créer des emplois, favoriser la croissance et améliorer le bienêtre des citoyens.

 

Il a détaillé pour chacun des niveaux d’intervention, Etat, Collectivités territoriales et Europe les mesures qui s’imposent en de telles circonstances.

 

Voici le texte de la conférence de presse :

 

« Les chefs d’entreprise de Travaux Publics n’ont jamais eu le moral aussi bas depuis plus de 30 ans. Dans l’enquête de conjoncture de l’INSEE du troisième trimestre, l’opinion des entrepreneurs sur leur activité future est descendue à un niveau proche de celui du début des années 80.

 

Une conjoncture sans précédent

 

Cela s’explique par la chute des appels d’offres qui s’est accentuée à partir du mois d’avril. A l’issue des élections municipales, il y a traditionnellement une baisse de la demande mais en 2014, elle a pris des proportions inédites : par rapport à la période correspondante de 2013, la valeur des appels d’offres a chuté de 33 % au 2è trimestre et de 28% au 3è trimestre. Le fort renouvellement des équipes municipales, la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales et la faible évolution des recettes fiscales expliquent cette paralysie. C’est un sentiment d’asphyxie qui a saisi les entrepreneurs en milieu d’année et qui a d’ailleurs abouti à une première le 14 octobre dernier : 17 000 professionnels des TP manifestant partout en France.

 

Pourtant 2014 n’avait pas mal commencé : l’addition de bonnes conditions climatiques, de travaux pré-élections municipales et d’importantes facturations sur les grands chantiers de LGV avait permis de quasi stabiliser l’activité. Ceci toutefois à un niveau inférieur de 20% au point haut de 2007.

 

Les indicateurs au rouge

 

Mais ce premier semestre aura été un semestre en trompe l’œil et si nous n’avons pas encore les facturations du dernier trimestre pour l’ensemble des entreprises, tous les indicateurs dont nous disposons convergent :

 

- Les appels d’offres

- L’opinion sur l’activité prévue

- Les entreprises de constructions de routes qui anticipent une baisse de 12% de leur  chiffre d’affaires

- Les entreprises de canalisations dont la dernière enquête affiche son niveau le plus bas depuis qu’elle existe.

 

Au total, par rapport aux prévisions que je vous avais présentées l’an passé à cette période, la dégradation est plus forte : nous estimons que nous finirons l’année 2014 avec une baisse d’activité de 5% à 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

 

Les emplois : -8000 en 2014

 

Concernant les effectifs nous aurons perdu 2 100 emplois ouvriers permanents et 5 000 emplois ouvriers intérimaires. Si l’on ajoute les postes de cadres et d’ETAM, on estime la baisse de l’emploi à -8 000 sur l’ensemble de l’année.

 

L’explication de ces chiffres tient au fait que les grands chantiers LGV ne peuvent suffire à masquer la chute de la demande de tous les autres clients des entreprises de TP :

 
- En l’absence de l’Ecotaxe dont l’Etat n’a que partiellement compensé le manque sur son budget 2014, les crédits consacrés aux infrastructures ont chuté de 15%.  
- La baisse de la demande des collectivités locales est, elle, estimée à -10%.
- Quant au secteur privé, très lié à l’investissement en bâtiment et à la conjoncture économique générale, son repli aura été de 2%.

 

En conséquence, dans un contexte concurrentiel, la baisse des prix s’amplifie, les demandes de chômage partiel se multiplient  et on note les premiers signes d’une recrudescence des défaillances d’entreprises.

 

Qu’en sera-t-il pour 2015 ?

 

Cet été, lorsque je suis allé rencontrer le Premier ministre, les services de la Fédération avaient établi des scénarios : le premier prévoyait une baisse du chiffre d’affaires de 11% en 2015 et correspondait à la situation telle qu’on pouvait l’anticiper à cette date. Les autres scénarios évoluaient en fonction des réponses que nous attendions à nos propositions pour soutenir l’investissement en infrastructures. Dans l’hypothèse la moins pessimiste, ils aboutissaient à 5%. Les décisions espérées concernaient le financement du budget l’AFITF, le plan de relance autoroutier et les collectivités locales. 

 

Le budget de l’AFITF

 

peut être considéré comme sauvé en 2015 grâce à l’affectation d’une part de la taxe sur le diesel (TICPE). Ce fléchage garantit un budget de l’AFITF identique à l’an passé, ce qui devrait permettre de poursuivre les projets en cours et d’amorcer le démarrage de la nouvelle génération des contrats de plan Etat Régions. On est toutefois très en deçà du budget minimal défini pour respecter les engagements que l’Etat pris à l’occasion du rapport Mobilité 21 et fixé à 2,5 MD€.

Malgré les garanties données par le Premier ministre et répétées par le secrétaire d’Etat aux transports,

 

je suis néanmoins inquiet sur 3 points :

 

1.         Le budget de l’AFITF ira-t-il uniquement aux infrastructures de Travaux Publics : sur les 2,2 milliards d’euros de recettes attendues, plus de 300 millions vont vraisemblablement être ponctionnés pour acheter des locomotives et des wagons et pour payer les mensualités en retard d’Ecomouv. Double peine pour le secteur, qui subit l’absence de recettes pérennes liées à l’écotaxe mais voit les loyers dus au concessionnaire  prélevés sur le budget des infrastructures.

 

2.         La lenteur mise dans la conclusion des contrats de plan Etat Régions (initialement prévue en décembre 2013 pour le volet transport) ne cache-t-il pas une volonté de gagner du temps dans le lancement et donc dans le financement des travaux ?

 

3.         Quid après 2015 ? J’attends avec impatience la conclusion des négociations entre l’Etat et les transporteurs routiers et la confirmation des promesses faites de pérennisation des ressources de l’AFITF.

 

Dans ce contexte, la dépense de l’Etat en TP sera au mieux stable en 2015.

 

Concernant le plan de relance autoroutier,

 

je m’étonne que ce plan reste bloqué alors qu’il s’agit de 3,2 milliards d’euros de travaux, de 15 000 emplois, d’investissements utiles à la compétitivité du pays et ne nécessitant pas un euro d’argent public. Sachant qu’entre la décision et les premiers chantiers, il faut compter au minimum 9 mois, ce n’est pas en 2015 que l’on verra les effets de ce plan, qui aurait vraiment apporté une bouffée d’oxygène aux entreprises de terrassement et de construction de routes en grande difficulté.

 

Quant au débat sur les concessions autoroutières,

 

je voudrais être sûr qu’il n’aboutisse pas à des conséquences catastrophiques à moyen terme pour notre secteur :

 

- Dans l’hypothèse d’une renégociation du contrat et d’une remise en cause du modèle économique de la concession, la disqualification de la parole de l’État pourrait aboutir au refus des fonds de financement privés de s’associer aux futurs grands projets d’infrastructures français (on a commencé à le voir dans le dossier de la privatisation de l’aéroport de Toulouse).

 

- Dans l’hypothèse d’une nationalisation des concessions, l’affectation des recettes de péage non pas à l’entretien et à l’investissement des infrastructures mais au colmatage du budget de l’Etat est également une hypothèse inacceptable. Qui peut croire que l’Etat entretiendrait correctement 9 600 km de réseau autoroutier aujourd’hui concédés quand il se montre déjà incapable d’entretenir correctement les 12 600 km de sa responsabilité?

 

L’investissement des collectivités locales

 

Troisième point de discussion avec le Premier ministre, le soutien à l’investissement des collectivités locales auquel il m’avait dit être très attaché. Qu’en est-il finalement pour 2015 ? D’un côté une baisse de 3,7 milliards d’euros des dotations versées par l’Etat aux collectivités locales et la ponction de 175 millions d’euros sur les Agences de l’Eau en 2015, de l’autre diverses mesures de soutien et taxes nouvelles représentant 1,2 milliard d’euros : le Premier ministre a eu beau répéter sa volonté de soutenir l’investissement public local, le compte n’y est pas.

 

En refusant d’avancer à l’année des travaux, le remboursement de la TVA payée par les collectivités, demande faite par la FNTP et soutenue par de nombreux élus, il provoque une aggravation de la crise dans les Travaux Publics. 

 

Dans une hypothèse mesurée (certaines associations d’élus anticipent une chute de 30% de l’investissement), la FNTP s’attend à une baisse de 12% de la demande des collectivités à ses entreprises l’année prochaine : baisse des dotations, point bas du cycle électoral, conjoncture générale atone, inquiétudes liées à la réforme territoriale, tout concourra à faire de 2015, l’année de la plus forte baisse jamais connu depuis 30 ans de l’investissement local en Travaux Publics. 

 

Concernant les grands opérateurs,

 

une part de l’activité devrait rester assez soutenue. Il s’agit par exemple des opérations d’entretien et de régénération du réseau ferroviaire, de programmes dans le domaine de l’énergie ou des premiers travaux du Grand Paris. Cela sera néanmoins très insuffisant pour compenser la fin des travaux de terrassement et de génie civil des LGV Tours-Bordeaux et Bretagne-Pays de la Loire. Sur l’ensemble des grands opérateurs, la baisse atteindra au moins 10% en volume.

 

Ce n’est pas avec le secteur privé, que la reprise va s’amorcer. Nous anticipons une baisse de 3% de la demande compte tenu de la pression sur les prix, de l’atonie de l’investissement productif en France et des perspectives peu favorables du bâtiment.

 

C’est une situation catastrophique que vivent nos entreprises. Au total nous anticipons une baisse de l’activité de 8% en 2015, ce qui représentera la baisse la plus forte depuis 1984. 

 

En matière d’emploi, plusieurs facteurs sont à prendre en compte :  

 

- L’intérim est descendu à un niveau plancher aux environs de 10% des effectifs.

 

- La décélération des grands chantiers LGV va conduire à la fin de nombreux contrats de chantiers.

 

- La crise va entraîner une augmentation des défaillances d’entreprise.

 

Cela conduit à penser que l’effet de la baisse du chiffre d’affaires sur l’emploi permanent sera plus fort que ce que nous avons constaté sur les années précédentes. C’est au minimum une baisse de 16 000 emplois permanents qui est anticipé sur 2015. Notre seul (et mince) espoir pour 2015 serait que des décisions engageant l’avenir soient prises.

 

Il faut rappeler que 2014 a été une année blanche en matière de politique d’infrastructures en France :

 

-       Année blanche pour les contrats de plan Etat Régions. o Année blanche en matière de programmation et de financement pour l’AFITF. o

-       Année blanche en ce qui concerne le plan de relance autoroutier.

 

Cette situation ne peut plus durer, c’est l’avenir du pays que l’on hypothèque. J’attends de l’Etat qu’il annonce un certain nombre de décisions qui apporteront de la visibilité à nos entreprises :

 

- Pérennisation des ressources de l’AFITF.
- Signature des contrats de plan Etat-régions. o
- Feu vert au plan de relance autoroutier. o
- Validation du 3è appel à projet de transports en commun en site propres.
- Éclaircissements sur le financement du Grand Paris. 
- Éclaircissements sur les transferts de compétence et les transferts financiers liés à la  réforme territoriale.

 

J’attends aussi des collectivités locales

 

qu’elles prennent leurs responsabilités quant à la nécessité de répondre aux besoins d’investissement en infrastructures. Certaines collectivités ont su le faire en décidant des plans de relance, c’est donc possible (Haute Saône, Eure et Loire, Poitou-Charentes et la Franche Comté). En activant des leviers tels que la fiscalité, la maitrise des dépenses de fonctionnement ou l’endettement, les collectivités dont la situation financière globale est saine, doivent trouver les moyens d’enrayer la baisse et de continuer à investir.

 

Quant au niveau européen, il est également crucial :

 

-       Que les projets de canal Seine Nord et de ligne ferroviaire « Lyon-Turin » soient actés. La France a jusqu’à février 2015 pour présenter son dossier de demande de financement européen sur ces projet. Pour espérer l’abondement à 40% de l’Europe, il faudra que le plan de financement français soit bouclé.

-       Que le plan Juncker de 300 milliards d’euros puisse être mis en œuvre et dégager des marges de manœuvre concrètes pour le financement des infrastructures. Rendez-vous le 18 décembre au conseil européen.

 

 Ces décisions, si elles sont prises, n’auront pas ou peu d’impact sur 2015 mais leur mise en œuvre est cruciale pour l’avenir du secteur. Sinon c’est un pan entier de notre économie qui s’écroulera et qui mettra gravement en danger le reste de l’économie. »

 

(Les sous titres sont de la rédaction)

Nos propositions

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Présidentielles:       "ADRESSE AUX CANDIDATS" Version 2

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