Gaz de schiste : dépasser les peurs ?

Très rapidement, le gaz de schiste était  devenu le symbole – et l’est resté -  de la lutte menée par les écologistes en France. La fronde…

… a démarré fin 2010 dans l'Ardèche, l'Aveyron et la Drôme, trois départements concernés par des permis d'exploration accordés, en mars 2010, par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'écologie. Depuis le dossier ne fait pas grands débats et le sujet est traité avec une prudence qui apparait souvent plus politique que scientifique.

 

Un enjeu économique majeur 

 

Pour notre économie et en particulier les industriels, le gaz de schiste  constituerait une solution face à la crise énergétique. Les spécialistes de l'énergie mondiale, et notamment,  le centre d'études américain IHS-CERA,  affirment que l'exploitation du gaz de schiste est indispensable si l'Europe veut compenser le déclin amorcé de sa production de gaz naturel conventionnel. L’accès à une énergie à bas cout et à proximité serait par ailleurs un  frein aux délocalisations industrielles.

 

Des techniques de forage maitrisées

 

Présent quasiment partout sur la planète, le gaz de schiste est un gaz naturel piégé dans la roche sédimentaire au lieu d'être concentré sous forme de poches.

 

Les couches de gaz de schiste reposent en moyenne à 2 000 mètres de profondeur. Contrairement aux gaz classiques, le gaz de schiste ne peut donc pas être extrait par un simple forage. Pour atteindre ces poches, les industriels ont mis au point un procédé de forage horizontal hydraulique. A partir d'un puits consolidé par un coffrage de béton, d'énormes quantités d'eau, de sable et de produits chimiques sont injectées à très forte pression en profondeur, la roche se fissure alors et libère le gaz.

 

Parvenu à la surface, le gaz est injecté dans un séparateur qui le dissocie de l'eau, puis de ses autres composants, notamment du dioxyde de carbone et des gaz à effet de serre, qui sont alors relâchés dans l'atmosphère.

 

Des réserves quatre fois celles du gaz conventionnel

 

Celles-ci sont estimées à 920 000 milliards de mètres cubes par l'Institut français du pétrole. Soit une quantité cinq fois plus importante que celle de gaz conventionnel. Le tiers de ce nouvel or noir se trouverait en Asie-Pacifique et le quart en Amérique du Nord, notamment au Québec.

 

Une production en pleine expansion dans le monde

 

Aux Etats-Unis, la production de gaz de schiste connaît un développement considérable. Si jusqu'en 2004 elle était quasi inexistante, elle représente aujourd'hui 23 % de la production de gaz naturel aux Etats-Unis. Mais le débat sur le gaz de schiste est régulièrement relancé, notamment après plusieurs incidents qui ont contaminé des nappes phréatiques.

 

Selon le département de l'énergie américain, la Chine posséderait les plus grosses réserves de gaz de schiste au monde. Total a conclu un accord avec la compagnie CNPC-PetroChina pour exploiter un gisement en Mongolie-Intérieure.

 

Un enjeu pour l’Europe

 

En Europe, l'enjeu du gaz de schiste est important : si les réserves évaluées (entre 3 000 et 12 000 milliards de mètres cubes) étaient confirmées et exploitées, c'est un volume de près de 50 milliards de mètres cubes par an en 2030 qui pourraient être mis sur le marché européen. Soit un tiers environ de la production européenne. Des puits sont déjà forés en Allemagne, en Suède, en Pologne. Au Royaume-Uni, au Danemark, au Pays-Bas, en Allemagne, et en Pologne des projets d'exploitation devraient bientôt aboutir.

 

Mais la pression de l'opinion publique reste forte, et les eurodéputés écologistes espèrent trouver un moyen de bloquer les exploitations à l'échelle européenne. En Suède, le nouveau gouvernement élu à l'automne 2010 a gelé les forages sous la pression de l'opinion publique suédoise

 

Quid de l’actuelle suprématie de la Russie et du Golfe ?

 

Au niveau planétaire, l'enjeu des gaz de schiste s'inscrit dans un contexte géopolitique explosif: les gisements non conventionnels d'hydrocarbures remettraient en cause la suprématie gazière de la Russie et des pays du golfe Persique.

 

Pourquoi peut-il être dangereux ?

 

De nombreux gisements sont enfouis sous des nappes phréatiques. Au moment de la remontée du gaz, le liquide de fracturation peut parfois atteindre ces nappes, et se mêler à l'eau, qui devient alors impropre à la consommation.

 

Autre motif d'inquiétude pour les écologistes, le manque d'information sur les produits chimiques présents dans le liquide de fracturation. Selon un rapport rédigé par la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants américaine, l'exploitation du gaz de schiste a entraîné l'utilisation de "plus de deux mille cinq cents produits pour la fracturation hydraulique, contenant sept cent cinquante substances chimiques (...), dont vingt-neuf sont connues pour être cancérigènes, ou suspectées telles, ou présentant des risques pour la santé et l'environnement".

 

Les écologistes dénoncent également l'utilisation d'immenses quantités d'eau, entre 10 000 et 20 000 mètres cubes, pour procéder à une extraction. Cet usage fait craindre une nouvelle dégradation des ressources en eau. Enfin, des chercheurs américains ont émis des critiques sur le possible risque d'activité sismique lié à l'exploitation du gaz de schiste.

 

Deux autres inconvénients majeurs

 

Hormis l’aspect lié à la ressource en eau, l'inconvénient majeur réside dans l'extraction, dommageable pour l'environnement et les populations riveraines.

 

Un autre problème environnemental est l'émission de méthane, qui s'échappe au moment de l'extraction. Or, ce gaz est 25 fois plus néfaste que le CO2 en matière d'émissions contribuant au réchauffement climatique.

 

Quelles sont les régions françaises concernées ?

 

Difficile d'évaluer les réserves de ce gaz présentes sur le territoire français. Selon les industriels, la France serait "le pays d'Europe le plus richement doté de ressources" en gaz de schiste. Les ressources sont évaluées à quatre-vingt-dix ans de notre consommation actuelle, selon le pré-rapport commandé par le gouvernement.

 

Dans le Sud-Est, le groupe Total avait obtenu le 31 mars un permis de recherche, valable cinq ans. Le Nord–Pas-de-Calais pourrait abriter un gisement de 65 milliards de mètres cubes, selon le Bulletin de l'industrie pétrolière. Des permis d'exploration avaient également été délivrés en Lorraine, dans le Jura, dans la Loire et dans les Bouches-du-Rhône. Le Bassin parisien aurait également un énorme potentiel de ressources en gaz de schiste.

 

La position du gouvernement français ?

 

En mars 2010, des permis avaient été accordés à des industriels pour procéder à des travaux de prospection. Cette décision était passée relativement inaperçue, jusqu'à ce que les députés européens José Bové et Corinne Lepage réclament un moratoire sur la prospection de gaz de schiste.

 

Le gouvernement de François Fillon, avait  annoncé l'annulation des autorisations déjà données à des projets d'exploration du gaz. Cependant, le pré-rapport commandé par Nathalie Kosciusko-Morizet afin d'"évaluer les enjeux environnementaux" des gaz de schiste, et dont les premiers éléments ont avaient été publiés  se révèle favorable à la poursuite des travaux de recherche et d'exploration sous un contrôle très strict.

 

D’hésitations en revirements

 

Dans un premier temps, l'Etat avait autorisé des forages, accordant à Total et à un groupe texan, Schuepbach, des permis d'exploration. Une aire de prospection de plusieurs milliers de km2 avait été ainsi ouverte dans le sud du Massif central, entre Montélimar, Millau et Montpellier. D'où la mobilisation du Larzac, qui se trouve au cœur de la zone concernée, et qui a appelé José Bové à la rescousse pour mener la bataille contre les projets de forage.

 

La position des industriels

 

L'enjeu stratégique est réel pour l'indépendance énergétique de la France, à l'heure où la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima remet sur la sellette le choix du tout-nucléaire fait dans l'Hexagone. Cela n'a d'ailleurs pas échappé aux grands opérateurs pétrogaziers français, Total et GDF-Suez.

 

"On estimait jusqu'à présent qu'on avait du pétrole pour quarante ans et du gaz pour soixante ans, expliquait au Monde l'an dernier le PDG de GDF-Suez, Gérard Mestrallet. On se projetait déjà dans une société post-énergies fossiles. Si l'on a du gaz pour plus de cent-vingt ans, alors celui-ci pourrait devenir l'énergie centrale et propre du XXIe siècle." L'homme plaide évidemment pour sa paroisse (Gaz de France).

 

Christophe de Margerie, alors PDG de Total, était  tout aussi enthousiaste, qui estimait que son groupe – la seule major pétrolière française, qui se revendique "quatrième compagnie internationale productrice de gaz" – va "développer son expertise dans les hydrocarbures non conventionnels pour poursuivre d'autres opportunités au niveau mondial".

 

Les progrès technologiques ont permis de considérablement réduire les coûts de production des gaz de schiste, désormais moins élevés que pour les hydrocarbures sous-marins extraits en offshore profond. Autre avantage compétitif : les gisements "schisteux" sont souvent proches des zones de consommation des hydrocarbures extraits, ce qui évite des coûts de transport par gazoduc, très onéreux dans la facture finale des consommateurs.

 

Priorité aux gisements les plus rentables

 

L'industrie pétrolière exploite aujourd'hui à plein les ressources les plus faciles et les moins chères à extraire. Pays producteurs et major companies (les grands groupes pétroliers publics ou privés, tels qu'Aramco, Petrobras, Exxon, Shell, BP, Total…) ont accès à 90 % des bassins sédimentaires identifiés sur la planète. Mais la civilisation pétrolière est entrée dans une ère d'exploitation de ce que les spécialistes appellent les "réserves ultimes" d'hydrocarbures. Le gaz de schiste fait désormais partie de ces "réserves ultimes".

 

La catastrophe nucléaire japonaise ajoute un peu plus d'incertitude sur un marché de l'énergie déjà sous pression avec le réchauffement climatique. Fukushima "peut modifier l'équilibre énergétique actuel", estime Fatih Birol, économiste-en-chef de l'AIE, dans un entretien au Monde le 2 avril. Selon lui, "la moindre diversité du portefeuille énergétique mondial va conduire à une hausse du coût de l'énergie, donc des prix de l'électricité. Et va peser lourdement sur nos efforts pour lutter contre le changement climatique".

 

 

De fait, si les grands pays industriels décidaient de geler leurs investissements dans le nucléaire civil, voire d'en sortir complètement, le recours – inévitable à court et moyen termes – à davantage d'énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon…) entraînerait une forte hausse des émissions de CO2.

 

Ségolène Royal refuse les forages dans le parc du Luberon

 

Il n'y aura pas de prospection de pétrole et de gaz dans le parc naturel régional du Luberon pour l'instant. La ministre de l'écologie, Ségolène Royal, a décidé fin 2014 ,de ne pas accorder le « permis exclusif de recherches de mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux » demandé par la société suédoise Tethys Oil AB, qui souhaitait réaliser des forages sur une zone de 870 km2 à cheval sur le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône.

 

Ce projet, sur lequel une consultation publique est organisée depuis le 19 septembre jusqu'au 11 octobre, avait suscité une vive émotion parmi les habitants et les élus du parc du Luberon, qui fédère 77 communes, dans une région montagneuse très touristique, ainsi que dans les milieux écologistes. Le bureau du parc avait adopté, à l'unanimité, une motion de rejet.

 

« Du point de vue de l'intérêt général, poursuit Mme Royal, les risques de dégradation d'un espace naturel remarquable sont incompatibles avec les forages envisagés et détruiraient beaucoup plus d'emplois qu'ils n'en créeraient, notamment dans le domaine touristique, artisanal et agricole. » Elle ajoute : « Je vous remercie de votre mobilisation, celle des élus, celle des associations, celle des citoyens, qui sont aussi partie prenante d'une décision démocratique respectueuse de chacun. »

 

Dans un communiqué, le président du parc naturel « se réjouit de cette décision qui permet d'éviter à [ce] territoire protégé des dégâts inutiles et considérables ». Toutefois, les élus et le collectif des agriculteurs, qui avaient appelé à une manifestation samedi 11 octobre à Gargas (Vaucluse), ont décidé de maintenir ce rassemblement « afin d'exprimer les attentes de ce territoire pour une vraie transition énergétique et la croissance verte ».

 

La ministre confirme son opposition

 

L’heure n’est pas au dialogue et à la réflexion avec les parties prenantes : « Tant que je serai ministre de l'écologie, il n'y aura pas de gaz de schiste et pas d'investigation sur le gaz de schiste », avait réaffirmé, le 28 septembre, Mme Royal, en réaction à la prise de position de Nicolas Sarkozy en faveur de l'exploitation de ces hydrocarbures.

 

« C'est une bulle spéculative, le gaz de schiste », a encore estimé Mme Royal. « Il n'est pas question à un moment où on a des ressources publiques rares d'investir dans des filières aléatoires et spéculatives, a-t-elle dit. Tous nos moyens publics et privés doivent être sur les économies d'énergie et les énergies renouvelables. »

 

Revirements et perspective de dialogue avec les parties prenantes ?

 

En mai 2014 pourtant, l’actuelle ministre de l’écologie  disait ne pas fermer la porte à l'extraction du gaz de schiste à condition que soient mises au point « de nouvelles technologies non dangereuses ».

 

L’ancien Président de la République s'était prononcé  lors de son premier « meeting de retour » à Lambersart, en faveur d'une exploitation du gaz de schiste en France.

Il avait déclaré : « Je ne peux pas accepter que les Etats-Unis soient devenus, du point de vue de l'énergie, indépendants grâce au gaz de schiste et que la France ne puisse pas profiter de cette nouvelle énergie alors que le chômage ravage tant de nos territoires et tant de nos familles, c'est inacceptable. »

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