Smartphones et "big data" au service des citadins africains

Comment tirer profit des nouvelles technologies afin d'améliorer les conditions de vie des populations urbaines en Afrique ? C'est la question à laquelle essaient de répondre un certain nombre de nouveaux entrepreneurs africains. Si en matière de big data…    

…le continent est encore à un stade embryonnaire, un véritable boom pourrait avoir lieu d'ici à 2020. L’ONU qui est très attentive à ces évolutions permet de recueillir sur ces projets des informations passionnâtes.


À Accra, Nairobi, Johannesburg, Abidjan, des projets de smart cities, ou "villes intelligentes", se mettent progressivement  en place. "Il n'y a pas un seul modèle, mais Accra est sans doute la ville qui a réalisé les progrès les plus fulgurants ces dix dernières années en matière de gouvernance. Et Maputo connaît un développement phénoménal, boosté par l'exploitation des ressources en gaz et en charbon du pays, avec des financements intérieurs et extérieurs, notamment sud-africains", souligne Alioune Badiane, directeur des programmes de l'ONU Habitat.


Les défis sont colossaux pour le continent, que ce soit en matière d'assainissement, d'accès à l'eau et à l'électricité ou encore pour la construction de logements et d'infrastructures de transport... Et le temps presse. Selon les projections, la population africaine devrait quasiment doubler et dépasser les 2 milliards d'habitants en 2050 ! Ce sont près de 300 millions de nouveaux citadins qu'il faudra accueillir.


"Le besoin d'investissements urbains est estimé à 25 milliards de dollars par an pour l'Afrique subsaharienne. Nous sommes encore très éloignés de ce chiffre. L'ampleur de la croissance urbaine à venir sur le continent n'est pas suffisamment comprise par les décideurs africains et les bailleurs de fonds. Cela va engendrer une série de problèmes en matière de finances publiques pour les collectivités locales", prédit Thierry Paulais, directeur adjoint pour l'Afrique subsaharienne à l'Agence française de développement (AFD).


Une contrainte financière que Khalifa Sall, le maire de Dakar réélu en juin dernier, espère lever. Notée BBB+ à long terme par l'agence de notation Bloomfield Investment Corporation pour la première fois fin 2013, la capitale sénégalaise est l'une des rares villes africaines à pouvoir aller chercher aujourd'hui des financements sur le marché régional obligataire.


Le maire veut soigner l'image de sa cité et a lancé des opérations de "recasement" des vendeurs ambulants. L'idée ? Prévoir des espaces de commerce leur permettant de travailler dans la légalité. D'autre part, l'aménagement de la corniche se poursuit.


De Dakar au Cap et d'Alexandrie à Durban, la plupart des grandes villes sont déjà touchées par la montée du niveau des mers. Sans oublier les tempêtes, les inondations et l'érosion côtière. Si les cités du Maghreb sont, elles, relativement épargnées, les villes de l'intérieur du continent sont également exposées par le biais de pertes de récoltes et de hausse des coûts de l'énergie.


"Nous travaillons sur le concept de ville résiliente. Il ne faut pas planifier seulement sur quatre à cinq ans, mais sur le long terme. Les états doivent interdire les constructions en bord de mer et éviter que les populations ne s'installent dans des zones à risque", insiste Alioune Badiane, directeur des programmes de l'ONU Habitat.


Gérer le changement climatique, c'est aussi privilégier des architectures adaptées usant de la ventilation traversante et des matériaux résistants à la chaleur, en particulier la terre.


Dakar est également la deuxième ville africaine, avec Durban, à avoir été sélectionné pour intégrer le programme "100 villes résilientes" lancé par la fondation Rockefeller. À ce titre, elle a reçu une subvention de 1 million de dollars pour développer sa stratégie de résistance aux catastrophes naturelles.


Les travaux du futur pôle urbain de Diamniadio, relié à Dakar par la nouvelle autoroute à péage, ont débuté en mai. La nouvelle ville, située à une trentaine de kilomètres de la capitale, devrait abriter 40 000 logements, un pôle industriel et commercial ainsi qu'un hôpital universitaire, des universités et des hôtels.


Mais les projets d'urbanisme de la capitale sénégalaise ne font pas l'unanimité. "Les aménagements sur la corniche de Dakar sont ostentatoires et circonscrits au cœur historique, souligne Mactar Faye, urbaniste et géographe de l'ONG Urbanistes sans frontières. Il n'y a pas de plan de développement global pour l'agglomération. Dans l'Est, le quartier de Pikine, par exemple, est devenu l'un des plus peuplés, et les banlieues, livrées à elles-mêmes, sont un enjeu politique."


Villes durables, villes inclusives (dont le développement est orienté pour réduire les inégalités): sur le continent africain, ces concepts sont récents et les décideurs politiques locaux manquent souvent de vision. Le développement urbain d'Abidjan, par exemple, reste adossé à ce qui a pu se faire dans les années 1960 et jusqu'au milieu des années 1980.


Pour Issa Diabaté, directeur général de l'agence Koffi et Diabaté Architectes en Côte d'Ivoire, "il faut à Abidjan un développement urbain plus dense" : "On doit construire plus haut, rassembler davantage de gens sur un même espace, non seulement pour éviter que la ville ne s'étale mais aussi pour retrouver la notion de vie en communauté. Dans l'inconscient collectif, le modèle d'habitat, c'est une maison. Mais pour améliorer nos conditions de vie, il faut se tourner vers d'autres solutions. Le développement durable et la mobilité doivent être au cœur des schémas directeurs."


Un développement urbain vertueux requiert une vision, mais aussi une bonne gouvernance. Luanda, capitale parmi les plus chères au monde, connaît encore des épidémies de choléra, en raison des problèmes d'eau et d'assainissement. À une trentaine de kilomètres de là, la ville nouvelle de Kilamba, construite par une société chinoise et capable d'abriter 500 000 personnes, demeure une cité-dortoir et peine à attirer les Luandais.


On ne peut pas avoir des villes à deux vitesses, des centres avec des buildings et, juste à côté, des gens qui n'ont accès ni à l'eau potable ni à l'assainissement ! tempête Alioune Badiane. Gouvernance, planification et financement sont les points clés du développement des villes africaines. Sans la gouvernance, rien ne marchera ! Regardez Conakry. Cette ville connaît des coupures d'électricité récurrentes. La Guinée est le château d'eau de l'Afrique et Conakry manque d'eau ! Il faut mettre en place des mécanismes permettant aux citoyens de croire en leur ville. Ainsi, ils seront capables de sanctionner une mauvaise gestion."


Jean Armand


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